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Insoumis et déserteurs pyrénéens de la Grande Guerre

LA FORCE DES LIENS TRANSFRONTALIERS

Introduction
L’insoumission est un refus d’exécuter l’« ordre de route », à sa réception. Le délai accordé pour l’exécution de cet ordre est, selon la loi de 1913, de deux jours pour tout homme mobilisé. La désertion ne concerne que des militaires en service et abandonnant leurs postes. La désertion à l’intérieur est moins grave que la désertion à l’étranger. Ne pas rejoindre son unité après une permission, loin de l’ennemi, constitue une infraction moins grave que d’abandonner son poste devant l’ennemi et déserter au front. La désertion à l’ennemi reste le cas le plus rare et aussi celui dont la sanction est la plus lourde.
Pour Antoine Prost l’historien est comme un photographe qui se focalise sur un sujet. Les réfractaires sont un phénomène marginal et largement minoritaire en chiffres en 14-18. L’État-major estime à 1,5 % le pourcentage d’insoumis à la mobilisation et 63 000 déserteurs pour toute la guerre, soit 0,75 % des mobilisés. C’est beaucoup moins que ce que craignaient les militaires français. À l’exception de l’Ariège ces pourcentages sont dépassés sur la frontière des Pyrénées, on compte ainsi 9 % des mobilisés réfractaires sur l’ensemble des départements pyrénéens.
Dans les Pyrénées-Orientales, cela représente 4,67 % des mobilisés (1,81 % déserteurs et 2,86 % d’insoumis). Ces taux sont inférieurs à ceux donnés par une statistique du 12 septembre 1918 pour les Basses-Pyrénées : Au total, 20,03 % des mobilisables1 ont refusé le combat à l’ouest de la chaîne (1,21% de déserteurs mais 18,82 % d’insoumis). C’est le seul département où le phénomène n’est pas marginal.
Dans les Hautes-Pyrénées, la désertion concerne peu de soldats (0,74% de déserteurs) mais un nombre plus important d’insoumis (4,06 %). C’est vrai aussi dans l’arrondissement de Saint-Gaudens, partie pyrénéenne de la Haute-Garonne : 0,6 % de déserteurs et 2,9 % d’insoumis. Le chiffre de déserteurs de l’Ariège est faible (0,62 %) et rejoint celui des Hautes-Pyrénées ou de la Haute-Garonne. Le pourcentage d’insoumis (1,41 %) est supérieur à celui des déserteurs, mais loin des chiffres rencontrés dans les autres départements frontaliers. Cependant un canton, celui d’Oust, compte 21 % des déserteurs du département et 22 % des insoumis alors qu’il ne représente que 5,81 % de la population. C’est le seul canton qui dépasse le taux national de réfractaires (7 %) avec 2,08 % de désertions et 4,92 % d’insoumissions.

Ce qui va nous permettre de voir qu’à l’échelle des cantons et des communes de la frontière, les réfractaires sont nombreux. Ce qui peut l’expliquer ce sont les liens multiples, d’abord familiaux et ensuite économiques avec les échanges, les déplacements des troupeaux et la contrebande. L’espace transfrontalier est réactivé non seulement par le passage des réfractaires mais aussi par leur vie en Espagne pendant de longues années.

1- Désertion et Insoumission sont dans les Pyrénées un phénomène frontalier

11 - Les désertions au front concernent surtout les départements centraux, comme si le soldat ne supportait plus la guerre et ne pouvait envisager la fuite qu’immédiate Il est remarquable que 16 % des soldats de l’Ariège désertent au front et seulement 4 % dans les Pyrénées-Orientales. La frontière ne représente pas un horizon de fuite. Ailleurs, les plus nombreuses de celles qui sont précisées se font à l’étranger, ce qui était le plus facile et le plus sûr, le soldat partant de chez lui. Les désertions à l’intérieur sont de plusieurs sortes : soit ce sont des tentatives avortées de passer en Espagne2, soit les soldats désertent dans les gares et se cachent dans les grandes villes.
Les deux-tiers des insoumis des P.O. sont des émigrés déjà à l’étranger, donc des insoumis de « circonstances », selon l’expression de Jules Maurin. Et ce pourcentage se retrouve dans les autres départements. L’insoumission est liée à l’émigration de longue durée et les chiffres, déjà importants, d’insoumis émigrés doivent être considérés comme sous-estimés, l’armée n’étant pas au courant de tous les changements d’adresse. Ils sont un certain nombre malgré tout à passer la frontière pendant la guerre.


12 - La situation de certains cantons pyrénéens
À l’échelle des cantons frontaliers, le phénomène cesse d’être marginal. Dans les Pyrénées-Orientales, les pourcentages sont beaucoup plus considérables dans le canton de Saillagouse comme dans celui de Prats-de-Mollo. Alors que ces deux cantons ne représentent respectivement que 3,45 % et 3,81 % de la population du département, ils ont respectivement 30,6 % et 14,6 % du total des déserteurs et des insoumis.

2 - LES RÉFRACTAIRES ET LES LIENS COMMUNAUTAIRES TRANSFRONTALIERS

La montagne n’a jamais constitué un obstacle pour les populations qui vivent sur ses versants. À l’est comme à l’ouest de la chaîne, la montagne est d’un abord facile. En Cerdagne, la frontière7 n’est en rien « naturelle » avec l’enclave de Llívia est à l’intérieur du territoire français. Le Val d’Aran, « partie intégrante du territoire espagnol8 », sur le versant nord des Pyrénées, ouvre sur le Comminges (Haute-Garonne) et le Couserans (Ariège).

Le passage des frontières a été, de tout temps et en tout lieu, un moyen de salut. C’est vrai plus particulièrement dans les Pyrénées-Orientales ou les Basses-Pyrénées qui servent de refuge pour les Espagnols. Inversement, l’Espagne servait aussi de refuge aux Français, en particulier aux déserteurs, pendant la guerre de 1870 et après. En dehors de cet aspect traditionnel de refuge, les liens transfrontaliers, à la veille de la guerre de 14-18 et pendant ce conflit, vont apporter une aide considérable aux soldats des Pyrénées tentés par la désertion à l’étranger.


21 - La permanence d’un « espace intégré9 » malgré les États-nations
Dans les Pyrénées-Orientales, la conscience d’appartenir à un ensemble catalan n’apparaît dans aucun document des Archives de la période étudiée. Même s’il y a une originalité linguistique et culturelle, la République a ancré les Catalans du Nord dans un ensemble français10 comme elle l’a fait pour l’ensemble des Pyrénéens. Les routes, les voies ferrées les ont unis au marché national11. L’école12 a préparé les cerveaux à la reconquête des provinces perdues13, elle a aussi porté des coups contre les identités non françaises14.
L’État français introduit « une différenciation des deux côtés de la chaîne : l’autre, de moins en moins le voisin et peut-être de moins en moins l’apparenté, est de plus en plus défini comme son contraire15. » C’est dans le seul domaine religieux que la communauté pyrénéenne a continué d’exister de façon certaine.
211 - Une communauté religieuse transfrontalière
En Cerdagne et au Conflent, il reste une pratique religieuse transfrontalière16, en particulier autour du sanctuaire « de la mare de Déu de Núria17 ». Ces déplacements de pèlerins sont à l’origine de chemins qui vont être, pendant la guerre, utilisés pour fuir le territoire français. On rencontre au Vallespir les mêmes déplacements vers un sanctuaire réputé, celui de Sant Aniol d’Agujes. Cette communauté religieuse catalane est renforcée par la présence de prêtres espagnols résidant ou voyageant en France18. Ainsi le curé de Fontrabiouse est un sujet espagnol19. De même, les déplacements des religieux se font dans le sens nord-sud depuis la loi interdisant l’enseignement par les congrégations religieuses, le 7 juillet 1904. Certains se sont installés dans l’enclave de Llívia et scolarisent les enfants des insoumis et des déserteurs qui ont rejoint leur père.
Les pèlerinages sont aussi transfrontaliers dans l’Ariège, à Sabart près de Tarascon et à Montgauzy (Foix). Dans le haut Pallars, le sanctuaire de Notre-Dame de Mongarri reçoit des

pèlerins occitans du Couserans et du Val d’Aran. Cette communauté religieuse se retrouve au Pays Basque. L’église d’Urepel par exemple est commune aux habitants de la commune et à ceux du Pays Quint de l’autre côté de la frontière20. Les prêtres d’origine française sont nombreux au Pays Basque du Sud et encouragent les déserteurs. La langue parlée, des deux côtés de la frontière, reste le catalan ou le basque, ce qui va aussi faciliter l’intégration des déserteurs21.


212 - Des communautés linguistiques
Pour le fonctionnaire français, la référence reste la nationalité (« Français et Espa-gnols »), et il mentionne rarement l’unité linguistique évidente au début du XXe siècle entre les deux versants de la montagne. De fait, le français est seul présent dans les documents de cette époque conservés aux archives départementales, à l’exception des Basses-Pyrénées. Le français est la langue écrite mais il y a encore des habitants des départements pyrénéens qui ne le maîtrisent pas : des gendarmes interrogeant un fermier de Sare au Pays Basque ont besoin d’un interprète. L’euskara est utilisé par tous22, y compris les fonctionnaires français qui pourchassent les déserteurs. Les familles communiquent en basque, la scolarisation contrôlée par les prêtres s’étant faite dans cette langue.
Le commissaire spécial d’Hendaye analyse les particularités ethnographiques du pays :
Chacun sait que les familles basques parlant la même langue et composée [sic] d’éléments entretenant entre eux des relations continuelles, habitent indifféremment d’un côté ou de l’autre de la frontière. [...] Le nombre est minime, des déserteurs actuels qui n’ont pas trouvé l’hospita-lité chez leurs parents espagnols de la frontière23.
L’isoglossie joue un rôle essentiel dans les désertions, de l’aveu même de ceux qui les répriment. Cette proximité linguistique existe aussi pour les Occitans, qu’ils soient voisins de la Catalogne ou encore de villages aragonais24. Le Val d’Aran a une situation exceptionnelle. Territoire espagnol de langue occitane, il ne communique vraiment qu’avec les régions occitanes proches.

213 - Les liens matrimoniaux
La langue n’est pas le seul lien existant de part et d’autre de la montagne, comme le mentionne aussi le commissaire spécial d’Hendaye. Les liens sont d’abord familiaux, les mariages unissent souvent les familles des deux côtés de la frontière et pas seulement en Cerdagne ou au Pays Basque où le phénomène est fréquent. En juin 1915, le témoignage de

Ramon Planas, 22 ans, négociant de Biure, confirme le lien d’un déserteur du Perthus avec sa famille de Biure d’Empordà :
Je ne crains pas de dire que c’est la belle-mère, la femme et le beau-frère de E… Étienne qui l’ont entraîné à la désertion. C’est son beau-frère Salvio Badrona qui est venu, la nuit au Perthus, enlever avec sa charrette et son cheval, pour les mener en Espagne, à Viure, les meubles que le déserteur avait en France. [...] Lorsqu’il a quitté la France, sa femme, sa belle-mère et son beau-frère lui ont donné asile pendant au moins un mois et demi25.
Le 3 août 1915, le préfet des P.O., en présentant l’état moral des populations au ministre de l’Intérieur, établit une liaison entre le lien familial et la désertion :
Cependant […] l’état d’esprit est beaucoup moins bon que dans le reste du département dans un ou deux des cantons de la frontière pyrénéenne. La cause en est probablement que dans ces cantons beaucoup de familles sont alliées à des familles espagnoles26 qui par suite ne sont pas aussi chaudement patriotes que les autres Catalans27.
On retrouve les mêmes liens et les mêmes aides au Pays Basque, nous l’avons noté. La loi est à l’origine de l’existence de deux nationalités dans la même famille. Le droit élaboré au XIXe siècle donne la nationalité française à une étrangère mariée à un Français. Par contre, la Française mariée avec un étranger perd sa nationalité, comme ses enfants, même nés en France. La loi de 1889, votée à la demande de l’État-major, modifie cela : les enfants d’étrangers nés en France, même si leur père n’y est pas né, sont automatiquement français à leur majorité et disposent d’un an pour répudier cette nationalité. C’est d’autant plus complexe que la frontière est aussi souvent franchie pour rechercher du travail.


22 - Les migrations pour le travail et les désertions


221 - Les migrations des travailleurs


Des liens liés au travail existent et cela bien avant la nécessité de faire venir, en masse, la main-d’oeuvre d’Espagne pendant la guerre. À Mauléon, en 1911, les Espagnols représentent 39 % de la population de la ville. Ils viennent essentiellement de Navarre pour travailler dans les usines d’espadrilles28.
Il n’y a pas seulement un déplacement d’ouvriers du Sud vers le Nord, mais bien des liens multiples. Les Espagnols, avant guerre, venaient pour les vendanges dans les P.O. Ils le font encore en septembre 1914. Les Cerdans vont fréquemment travailler en Espagne comme plâtriers, maçons ou domestiques en hiver29. Existent aussi des migrations temporaires croisées comme celle des tondeurs de moutons, des faneurs ou des vendeurs de bas de Cerdagne, qui vont vers le sud alors que les moissonneurs « espagnols » viennent au nord. Dans l’Ariège aussi nous constatons des déplacements croisés de travailleurs, même si les

montagnards ariègeois sont plus nombreux à prendre les chemins de l’Espagne30. Au Pays Basque, beaucoup d’ouvriers agricoles viennent du sud de la frontière31. Ils jouent un rôle non négligeable dans les désertions.
Le passage des travailleurs espagnols ne concernent pas seulement les extrémités de la chaîne. Ils franchissent aussi les cols de la partie centrale quand les conditions météorolo-giques le permettent.

222 - Les déplacements transfrontaliers des troupeaux


À ces déplacements pour le travail, s’ajoutent des relations multiséculaires qui relient les montagnes d’estive. Souvent les bergers ne connaissent pas les limites des États et supportent mal les contraintes mises en place pendant la guerre. C’est le cas de ce berger de Valcebollère, Jacques Iglésis, qui écrit au préfet des Pyrénées-Orientales le 2 avril 191732 :
Si vous pouvais me faire le plaisir de m’autorisé pour passer à n’Espagne que je suis berger des vaches et cheveaux à la montagne à la première montagne et des chevales à la première mon-tagne d’Espagne qui se touche à la montagne de palau de Serdagne française parce que moi il faut que je rentre bien des fois à la montagne française j’ai ma seur à palau qui me blanchi et si vous pouvez me faire ce passeport vous me feriez un grand plaisir33.
Le commissaire spécial de Bourg-Madame répond au préfet le 17 avril 1917 : « Le pétitionnaire n’est qu’une vieille canaille vivant de contrebande et de ce que lui donnent les parents des déserteurs pour faire des commissions pour ces derniers. Avis défavorable. » Le préfet refuse le passeport au berger, établissant un lien entre les chemins de transhumance, la contrebande et la désertion.
En fait c’est l’ensemble de la chaîne qui est concerné par ces échanges de pâturages qui « faisaient fi des frontières34 ». Dès le Moyen-âge, les communautés pyrénéennes35 des deux versants ont établi des liens de réciprocité que l’on retrouve aussi bien dans la partie centrale qu’à l’ouest. Elles se nommaient des traités de lies ou passeries ou encore faceries ou facheries36, comme celle du « tribut des trois vaches » en vertu duquel les habitants de la vallée occitane du Barétous donnent annuellement le 13 juillet, à la Pierre-Saint-Martin, trois animaux aux habitants de la vallée de Roncal en Navarre37.
Comme en Cerdagne, au Pays Basque, le berger ignore souvent ou feint d’ignorer la délimitation de la frontière. Les communautés des deux côtés de la frontière s’unissent contre les interventions de la douane qu’elles considèrent comme des limitations à leurs libertés. Les vallées de Baztan/Elizondo et de Baïgorry se partagent des communaux selon le traité du 2 décembre 1856. En octobre 1916, les carabiniers s’emparent d’une mule appartenant à une habitante de Baïgorry. Ce sont les autorités municipales de la vallée de Baztan qui « ont pris l’affaire en mains et entrepris d’en obtenir réparation38 ».
À l’est de la Nive d’Arnéguy, la frontière franco-espagnole, coupe en deux les pâturages du Syndicat de Cize et sur lequel les bergers français et espagnols peuvent mener paître leurs troupeaux de moutons du lever au coucher du soleil. Les jeunes bergers passent les nuits dans les cabanes établies à peu de distance de la ligne frontière et aident les contrebandiers. « Il est notoire à Estérençuby que les bergers de Cize, [...] lorsqu’ils rentrent à leurs cabanes en territoire français venant du versant espagnol, [...] rapportent des denrées et font un peu de contrebande. » Les douaniers des deux pays établissent des embuscades sur leurs versants, avec moins de zèle du côté français, semble-t-il. Les carabiniers n’hésitent pas à dépouiller les bergers de leurs marchandises et de leurs fromages39.

223 - Le cas particulier du Pays Quint


Les pâturages du Pays Quint, en Navarre, sont aussi accessibles aux bergers des Aldudes40. Le commissaire spécial d’Ossès dénonce les problèmes de cette circulation frontalière :
L’assistance aux déserteurs sera pratiquée sous les yeux de la police, sans répression possible, sous couvert d’aller ravitailler les bergers, des vivres seront transportés en Espagne, qui seront remis aux déserteurs. En allant surveiller leurs troupeaux, les parents porteront ou feront porter à leurs fils réfractaires telles lettres ou telles sommes qu’il leur plaira. Bien plus, après entente préalable, nos déserteurs réfugiés en Espagne pourront revoir en Pays-Quint leur famille venue pour les travaux ou pour la surveillance des troupeaux41.
Le berger est souvent un déserteur heureux : la connaissance qu’il a des passages de la montagne lui permet d’éviter les contrôles. C’est le cas d’un berger de Caro (Basses-Pyré-nées), Charles B…, déserteur en juillet 1917 depuis chez lui :
Avant son incorporation, B… était berger. Il gardait les moutons de ses parents dans la haute montagne. Il connaissait les passages et défilés qui conduisent en Espagne et, partant, n’a eu besoin du concours d’aucun complice pour préparer ou étudier le chemin de désertion42.

23 - La contrebande, au centre des liens transfrontaliers

 

231 - La contrebande de ménage
On voit bien, en ce qui concerne le berger de Valcebollère ou ceux du Pays Basque, que ces chemins de migrations temporaires et de la transhumance sont aussi ceux de la contre-bande43 qui a développé de nouveaux courants d’échanges44 en se nourrissant de tous les manques de la société nord-pyrénéenne. Nombreux sont ceux, parmi les habitants de la

frontière, qui semblent impliqués dans ce trafic que l’on peut qualifier de contrebande de ménage. En effet, il ne s’agit que de produits de peu de valeur comme les allumettes et le sucre45. Le 21 décembre 1916, un Espagnol est arrêté par les douaniers de Prats-de-Mollo, avec un ballot de marchandises. Les douaniers font la liste de ce qu’ils découvrent à l’intérieur :
Deux paires de bottines, dix mouchoirs en coton, une pièce de tissu [de] soie, sept cents grammes [de] nougat, cent vingt grammes [de] bimbeloterie, six briquets en matières non pré-cieuses et deux cents allumettes mécaniques, le tout d’un poids net de six kilogrammes cent quatre vingt grammes, d’une valeur de cent quarante six francs cinquante centimes46.
Dans la Haute-Garonne, le sucre, le tabac et les allumettes espagnoles mais aussi le suif se retrouvent dans les trafics de contrebande. Dans l’Ariège, les contrebandiers sont généralement Andorrans47. Le tabac est la principale marchandise fraudée. Il est produit et manufacturé en Andorre et en grande partie introduit en France48. La plus grande manufacture des vallées se trouve entre Les Escaldes et Andorre-la-Vieille. Elle est dirigée par un déserteur cerdan, Joseph Priéto, protégé par M. Picart, notaire à Encamp et syndic général. Il n’y a aucun doute sur les liens entre contrebandiers et déserteurs. Non seulement les liens sont avérés entre contrebande et désertion, mais les itinéraires49 sont les mêmes50 : par le plateau de Sault, ils rejoignent la vallée de l’Ariège et ensuite le port de Fontargente et Soldeu en Andorre.
Le passeur de contrebande est ainsi au centre de toutes les craintes, celle d’apporter de l’aide aux déserteurs ou celle aussi de renseigner les Allemands. C’est surtout sa connaissance des passages montagneux qui fait de lui un personnage redouté par les autorités. Même en hiver, ces chemins sont utilisés, contrairement à ce que pensent les autorités. Et cela, d’autant plus que dans les Pyrénées-Orientales et au Pays Basque, les conditions du passage sont moins rudes que celles des Pyrénées centrales.

232 - La contrebande des mulets
Des trafics plus importants et plus rémunérateurs sont organisés avec les animaux, surtout les chevaux et mulets51 que l’armée recherche pour le front. L’armée doit en importer du Canada, des États-Unis, d’Espagne et d’Argentine52. Ainsi, chaque mois, des animaux sont introduits dans le pays, 10 000 pour la cavalerie et 25 000 pour le train et l’artillerie53. À l’est, le trafic de mulets, achetés jeunes dans le Poitou et en Bretagne et élevés en Cerdagne, n’a jamais cessé pendant la guerre : il semble même se développer54. Il convient donc de bloquer la contrebande des mulets par la Cerdagne alors que, par Le Perthus, passent des animaux importés. En janvier 1915, les douaniers arrêtent Isidore Vilalta, de Ger, qui « exportait dix

mules en Espagne, pour le compte de son patron Esteban Carrera ». C’est une affaire familiale : Jean, un autre frère Carrera, fait le commerce de mules à Puigcerdà55. Le commissaire spécial de Bourg-Madame explique au préfet le 19 mars 1916 la situation d’Esteban Carrera, habitant Puigcerdá :
Il est exact qu’Esteban Carrera est propriétaire à Latour-de-Carol, il y possède le mas St-Pierre56, situé sur la montagne, à moins de cent mètres de la frontière ; cette propriété qu’il est impossible aux divers services de surveillance de garder à vue constamment, n’est pour Car-rera qu’un instrument de fraude57.
Le 20 septembre 1916, le ministère de l’Intérieur signale au préfet un autre trafic de mules vers l’Espagne58. Trente-cinq mules venant de Charente ont été reçues par M. Bonaventure Cot59, le maire de Bourg-Madame, « ce magistrat qui […] est un contrebandier notoire et [...] pratique sur une grande échelle toutes sortes de contrebandes60 ». Cela crée une pénurie en France et augmente d’autant la demande sur les marchés extérieurs.
L’Andorre est aussi au centre d’un trafic de mulets vers l’Espagne à partir de l’Ariège. Avant leur passage, les mulets sont cachés assez loin de la frontière, au nord de Foix dans des fermes isolées. Un rapport du commissaire spécial de Foix décortique les divers rôles en août 191861. Le maire de Siguer, François Caralp, est propriétaire d’un hôtel qui est le « rendez-vous des contrebandiers ». C’est lui qui loge aussi le poste militaire qui surveille la frontière, ainsi il est informé sur les déplacements des soldats. Il se charge de la logistique des contrebandiers. Bonaventure Coma d’Ordino – la vallée symétrique de Siguer – fait le commerce de chevaux et de mulets et « la contrebande ». Le contrebandier a été vice-syndic du conseil général d’Andorre et conseiller de Riba le viguier épiscopal, c’est donc une personnalité andorrane. D’autres contrebandiers de mules sont répertoriés à Ordino : entre autres, Jean Naudi qui est aussi contrebandier de tabac et, de plus, soupçonné de passer de la correspondance destinée au consulat allemand de Barcelone et de favoriser aussi la désertion des soldats français. Les frères José et Bonaventure Pons se chargent de faire traverser la frontière aux bêtes. C’est un banquier originaire de Cerdagne qui avance les fonds. François Isidore Girvès, originaire d’Err, « comptable » à Toulouse, procure des capitaux aux Andorrans. Pour cela, il change des billets espagnols contre des billets français. Charles Farran, changeur à Toulouse, reçoit les billets espagnols qu’il échange contre de l’or62.
Au Val d’Aran, la contrebande est plus directe et profite des lacunes de la surveillance. Les douaniers, ceux de Fos et ceux de Luchon, sont d’une remarquable efficacité pour effectuer des saisies d’animaux, beaucoup moins pour arrêter les contrebandiers qui, la plupart du temps, échappent à leur poursuite63. Entre le 7 octobre 1916 et le 8 mai 1918, seulement six contrebandiers sont jugés.

233 - Le rôle des propriétés transfrontalières


Une propriété transfrontalière était utile pour ce type de commerce, on le constate pour celle d’Esteban Carrera. Les travaux nécessitent un passage fréquent de la frontière et permettent, à l’occasion, un trafic interlope, en même temps qu’ils facilitent l’évasion des déserteurs64. À l’ouest de la chaîne, une propriété à cheval sur la frontière, est décrite ainsi par le commissaire spécial d’Ossès :
Cet établissement est une auberge genre hôtel située sur la partie sud de mon secteur sur la limite du territoire d’Urepel et du Pays-Quint, territoire espagnol. [...] Cette maison s’appelle l’auberge "Chaliesemborda", elle se trouve exactement à la borne frontière 139. La maison proprement dite est en France, la cour est à cheval sur la frontière, la borne 139 se trouve dans la cour qui permet de communiquer avec une cabane située sur le territoire du Pays-Quint et qui sert de cabaret. Le tenancier de cette maison est un Né Pascal José Martin, sujet espagnol. Convaincu d’avoir donné asile à des déserteurs français, il fut l’objet d’un arrêté d’expulsion en date du 30 octobre 1916, cet arrêté fut suspendu le 20 avril 191765.
Les liens transfrontaliers sont multiples et la guerre va les rendre encore plus indis-pensables et pas seulement à cause de la présence, de l’autre côté de la frontière, des déser-teurs et insoumis de la famille.

234 - Les services médicaux et les transports transfrontaliers


En Cerdagne, quand il ne s’agit pas de commerce ou de gestion d’une partie de la pro-priété, il s’agit souvent d’aller voir un médecin, un pharmacien66 ou un vétérinaire, comme pour Marie Antoinette Philomène G…, d’Hix, veuve de Raymond Georges Fabre, en avril 191767. Généralement, ce sont les voituriers qui se chargent d’aller chercher les médecins. Aux yeux des commissaires spéciaux, des deux côtés de la frontière, ce sont souvent des gens suspects d’aide aux déserteurs, avec raison semble-t-il.
235 – Le tourisme et les guides de haute montagne
Il est aussi très difficile d’empêcher les Espagnols de venir en France pour le tourisme68. Malgré la guerre, les touristes sont nombreux en Cerdagne, comme ils le sont aux thermes de Luchon dans la Haute-Garonne69. Dans les Hautes-Pyrénées et les Basses-Pyrénées, de nombreux guides de haute montagne se sont spécialisés dans le passage rétribué des déserteurs et de leur famille. En octobre 1917, une lettre saisie permet au commissaire de police mobile Hennet de confondre une couturière d’Argelès-Gazost, Louise Horgues, qui prête assistance au déserteur Sylvain C…70, réfugié à Panticosa. Il a déserté en 1915 avec trois soldats dont deux de Cauterets. C’est Jean Bernard Boy, un guide de Cauterets qui les a

conduits à la frontière. L’enquêteur découvre aussi que ce guide a aussi conduit le sergent D…71 en Espagne72. Louise Horgues a porté en Espagne des outils, guidée par Pierre Coumetou, né en 1872 à Gèdre, journalier et guide73 à Gavarnie. En octobre 1917, le commissaire de police mobile envoie les aveux de Séverin Labarthe, un guide des Eaux-Chaudes, dans la vallée d’Ossau. En juillet 1916, il a conduit en Espagne la mère de D… et la soeur d’un autre déserteur. Pour le retour, c’est un Espagnol, Blas, domicilié en Aragon, qui les conduit. « Ce Blas, [...] est un contrebandier de mules, très connu de la douane74. » On voit encore une fois les liens avec la contrebande. Pour Labarthe du moins, le passage d’un déserteur ou de sa famille s’apparente à une course en montagne, sans plus. Cet état d’esprit, selon le sous-préfet d’Oloron, semble répandu dans la vallée d’Ossau75. Boy depuis sa prison dénonce deux autres guides de Cauterets qui ont fait passer en Espagne un déserteur, Agricol Pierre Maurice G.
Si les liens transfrontaliers permettent le franchissement de la frontière, ils aident aussi à la vie des réfractaires en Espagne.

3 – LA VIE DES RÉFRACTAIRES EN ESPAGNE

31 - Où s’installent les déserteurs ?

311 - Ceux qui continuent de venir en France.


Quelques rares déserteurs ne franchissent pas les Pyrénées et se cachent non loin de leur village d’origine. C’est le cas d’un déserteur de l’Ariège que les gendarmes poursuivent en vain dans les granges où il se cache76, dans la forêt de la Crouzette77 entre Rimont et Biert. Il n’est arrêté qu’après la guerre, le 28 mai 1919 et condamné avec sursis à trois ans de prison78. D’autres passent en Espagne, mais leur éloignement relatif leur permet de revenir chez eux ou à proximité. Ainsi, un déserteur de Sorède, « Joan de la Llosa », rencontre les autres bergers, la plupart des mobilisés en permission, sur le versant nord des Albères79. Il existe en effet plusieurs témoignages de déserteurs ou d’insoumis revenant chez eux depuis leur refuge. En août 1916, l’inspecteur spécial Dreuilh signale un fait de ce type : « Tous les déserteurs de Villeroge, commune de Coustouges, arrondissement de Céret, travaillent à peu de distance de chez eux, dans des fermes espagnoles et viennent tous les soirs à Villeroge, où ils passent une partie de la nuit80. » En Cerdagne, depuis Valcebollère, un chemin aboutit au village de Dòrria81 (Ripollès) où se sont réfugiés la plupart des déserteurs de la commune. Ils se sentent si tranquilles qu’ils viennent de Dòrria cultiver eux-mêmes leurs champs82.
C’est vrai aussi au Pays Basque où le passage de la frontière semble relativement fréquent si on en croit une conversation de jeunes d’Urepel et des Aldudes en 191783 :
Il y a au Pays-Quint plusieurs déserteurs français, notamment un nommé O… Dominique d’Ossès qui est à cheval sur la frontière de Quint comme berger, qui se rend nuitamment chez sa femme à Ossès où elle habite une petite maison près le moulin de Larre.


312 - L’éloignement en Espagne est très relatif


Un déserteur de l’Ariège garde un troupeau sur la frontière, du côté espagnol, à proxi-mité d’un poste militaire84. Quinze déserteurs travaillent au village de Bossóst au Val d’Aran, à quelques kilomètres de la frontière. D’autres travaillent « à la réparation du chemin qui va de Salardu au col de la Bonaigue. [...] Les parents de plusieurs des déserteurs vont les voir en Espagne en passant par les sentiers de la montagne85. » Ces divers cas indiquent bien que les déserteurs ne cherchent pas à trop s’éloigner de leurs lieux de vie antérieurs.
Au pays Basque, les déserteurs jouent parfois avec les singularités d’une frontière qui traverse des zones très peuplées. Ils peuvent ainsi se rapprocher de leur famille :
Le nommé Aspillaga (Iñacio), espagnol, aubergiste et fermier du bien appelé Bustingorry, à Herboure, quartier de la commune d’Urrugne, a ouvert un débit de boissons, avec organisation d’un bal, tous les dimanches, à Ibardin dans une maisonnette située en territoire espagnol à vingt mètres environ du poteau et de la borne frontière n° 13, où se réunissent plusieurs filles d’Urrugne et les déserteurs français de la localité qui travaillent soit à Véra, soit à Irun86.
En août 1915, selon le commissaire spécial de Cerbère signale que les déserteurs « sont légion » à Figueres et qu’on les trouve « par groupes de dix et quinze dans les plus petits villages espagnols d’au-delà des Pyrénées. […] La plupart des communes de cet arrondissement [Figueres] sont infestées de soldats français ayant manqué à leurs engagements envers la Patrie87. » La simple concentration de jeunes gens prêts à travailler devait provoquer bien vite un manque d’emploi. Aussi les déserteurs ont été forcés de s’éloigner de la frontière pour trouver du travail.

313 - L’attrait des villes importantes du Principat et du Pays Basque


Dès juillet 1915, le SCR signale au ministère de l’Intérieur88 un afflux de déserteurs français sur les centres industriels catalans en particulier, Barcelone et Gérone. Le gouvernement espagnol ne veut pas non plus s’aliéner les Allemands et se retranche derrière la neutralité pour refuser de renvoyer en France déserteurs et insoumis. La bourgeoisie catalane ou basque va recruter parmi les exilés français le personnel nécessaire au fonctionnement des usines, des magasins et des hôtels. Après l’armistice, les Espagnols se refusent à expulser les soldats français ou même à les reléguer loin de la frontière. Le lieutenant-colonel de Lavenne de Choulot qui commande la surveillance militaire de la frontière des Pyrénées-Orientales, s’insurge contre cette situation en avril 1919 :
D’autre part, il y a actuellement en Catalogne, plusieurs milliers de déserteurs de tous pays, la plupart apaches de l’avant-guerre et qui désirent, de toutes leurs forces, la révolution, pour pou-voir pêcher en eau trouble. On se demande comment le Gouvernement de Madrid ne renvoie pas à la frontière ces émeutiers professionnels, ou tout au moins ne les isole pas, en les parquant dans une des îles des Baléares89.
Emporté par son idée de camp de concentration insulaire, le lieutenant-colonel oublie que loin d’être des « apaches », les déserteurs sont des travailleurs appréciés pour leurs compétences. Mais pour les militaires, le déserteur ne peut être qu’un délinquant qu’il faut chasser.


32 - Les déserteurs sont-ils miséreux et délinquants ?


Quelques documents font état de déserteurs devenus mendiants en Espagne. C’est le cas à Bilbao en décembre 1915. Le 10 décembre, deux d’entre eux sont arrêtés pour mendicité et conduits au consulat90. La désertion étant un délit, les réfractaires sont souvent assimilés à la pègre. Ainsi, les autorités françaises ont vite fait de voir en tout déserteur un souteneur, comme en témoigne cette circulaire du ministère de l’Intérieur de mars 1916 :
La plupart de ces déserteurs ou insoumis appartiennent à la catégorie des souteneurs. Tous ou presque tous ont avec eux une maîtresse qui les fait vivre. Ces femmes, françaises en très grande majorité, ont franchi la frontière à l’appel de ces souteneurs déserteurs. On a pu constater, ces derniers temps, une [sic] véritable exode de prostituées, femmes galantes, pseudo artistes, qui se rendaient à Barcelone.
La circulaire préconise donc de refuser systématiquement tout passeport ou visa « à toute femme ou fille de moeurs légères qui manifestera l’intention de se rendre en Espagne91 ». Nous n’avons rencontré que trois cas de déserteurs « soutenus » sur près de deux mille déserteurs des Pyrénées-Orientales. Quelques déserteurs ont eu maille à partir avec la justice espagnole, mais cela semble l’exception.
Un rapport du commissaire spécial de Bourg-Madame signale aussi que le moral des déserteurs n’est pas bon : « La majorité d’entre eux, déprimés par le changement de pays, l’ignorance de la langue92 et l’isolement, regrettent leur faute, surtout lorsqu’ils ont épuisé les ressources du début et que le gagne-pain leur fait défaut93. » Le ministère de la Guerre semble croire possible le retour des déserteurs et une circulaire le signale en août 1917 aux généraux. Il propose de faire une « large application » de l’article 150, article qui permet de suspendre un jugement94. En réalité peu reviennent pendant la guerre95. Dans les Basses-Pyrénées, des lettres, comme celle de l’instituteur Jean Curutchet, signalent le dénuement des déserteurs : « Tous, ou à peu près, sont sans travail rémunérateur, beaucoup dans la misère ; ils ne pourraient vivre, c’est notoire, s’ils n’étaient secourus par leurs parents96. » Il semble que parfois les familles sollicitées par le déserteur établi en Espagne renâclent à verser de l’argent. Pourtant les policiers qui prennent contact avec eux montrent des déserteurs basques heureux et sans beaucoup d’état d’âme. Les lettres interceptées donnent les mêmes informations. En décembre 1916, le sous-préfet de Mauléon est offusqué par cette relative aisance : « Je suis informé que trente déserteurs sont actuellement réunis à Errazu (Espagne). Les individus mènent joyeuse existence97. » L’inspecteur de police auxiliaire de Baïgorry, Laffitte, en rencontre certains en janvier 1917. Ses notes peuvent se résumer en une phrase répétée pour chaque déserteur, souvent domestique de ferme : « Il gagne 30 pesetas par mois et nourri, il dit qu’il ne regrette pas d’avoir déserté et qu’il est heureux d’être hors du danger98.»
C’est loin de la marginalité supposée par le lieutenant-colonel de Lavenne.

33 - Des professions très diverses


Si l’on reprend les listes de Figueres99 – les seules à mentionner la profession des exilés –, leurs compétences sont multiples. Un soldat est noté comme tenant une boucherie chevaline, deux autres comme maçons, un autre comme jardinier et un déserteur charretier. Un autre encore fabrique des sandales et un dernier est devenu professeur de langues : il apprend l’allemand, l’anglais et l’italien aux enfants de la ville. Ce déserteur fait preuve d’une étonnante facilité d’adaptation pour survivre, mais il n’est pas le seul. En octobre 1916, qu’Antoine B…, d’abord fabricant de sabots, puis libraire, expédie en France le minerai qu’il extrait d’une mine de sulfate de baryte, située à Palau Saverdera, près de Roses100. Le déserteur a prospéré au Principat et il semble être celui qui a le mieux réussi. Il y est encore en 1934, dernière date inscrite sur sa fiche de police conservée à l’arxiu comarcal de Figueres101.
D’autres déserteurs reprennent en Espagne le métier qu’ils ont abandonné de l’autre côté de la frontière. Un déserteur de l’Ariège se fait livrer ses outils de fabricant de jougs par un passeur du Val d’Aran. En Aragon, C… un des déserteurs des Hautes-Pyrénées s’installe lui aussi comme sabotier102. Un policier a lié connaissance avec un déserteur Joseph C… de Saint-Jean-Pied-de-Port où sa mère tient un commerce de boucherie :
[Il] continue d’exercer en Espagne sa profession de maquignon. [...] Il est en relation notamment avec un maquignon, nommé Pedro Aguerreber, dont il utilise les services pour passer des

troupeaux en France. Il m’a avoué avoir expédié ainsi des animaux de boucherie à sa mère à Saint-Jean-Pied-de-Port. Il gagne largement sa vie et mène une existence heureuse, n’ayant au-cun regret de son acte de désertion220.
Pere Gurgui pense aussi que son grand-père a repris son métier d’espadrilleur pour faire vivre sa famille au Principat103. Louis V…, né le 16 mars 1884, ancien employé de la Compagnie du Midi, domicilié à Vinça, est devenu cheminot en Espagne104. Ce déserteur est loin d’être isolé et il garde des liens avec son village d’origine.

34 - Les déserteurs et les opinions catalane et basque


À Barcelone, les déserteurs et les insoumis sont stigmatisés par les autorités françaises, mais cela ne semble pas être opportun pour M. Gaussen105. La publication des listes des insoumis, à l’extérieur des locaux, aurait un effet contreproductif, alimentant la propagande pro-allemande et décourageant les Catalans favorables aux Alliés106. L’accueil relativement favorable qui était fait aux déserteurs en Espagne est confirmé en décembre 1916 dans une lettre de Raoul Cathala, professeur de chimie dans une maison religieuse. Elle est adressée à Alexandre Cathala, son frère mobilisé :
Il y a ici, à Barcelone et dans les environs, beaucoup de déserteurs français. Cela produit une très mauvaise impression et la plupart, pour justifier leur conduite, peignent sous des couleurs très sombres la situation des soldats au front. [...] Une fois ici, ils cherchent du travail dans une fabrique se font envoyer quelques sous par leur famille et les voilà tranquilles.
L’un des déserteurs ajoutait même : « Si mes camarades savaient combien il est facile de faire ce que j’ai fait, il n’en resterait bientôt plus aucun dans les tranchées107. »
Les Basques du Sud accueillent sans difficultés ceux qui franchissent la frontière pour fuir la guerre. Le 21 janvier 1917, les gendarmes de la brigade de Bidarray arrêtent une jeune d’Errazu, Andresa C…, 16 ans, venue pour entendre la messe à Bidarray, sans laissez-passer ni passeport. Son père, José C…, 79 ans, cultivateur, confirme la présence chez eux d’un déserteur, engagé comme domestique. Il refuse de le livrer : « Même si l’on m’accordait l’autorisation d’aller à Errazu pour engager Manech à rentrer en France, je ne lui donnerai jamais un pareil conseil, ma famille et moi dussions-nous rester en prison pour payer la faute de Manech108. » Il était difficile de présenter à l’opinion espagnole l’enthousiasme patriotique des Poilus et, en même temps, avouer que plusieurs milliers d’entre eux s’étaient réfugiés en Espagne où parfois ils travaillaient au contact d’Allemands.

35 - Les contacts des déserteurs avec les Allemands


Pour les policiers français, il est aussi difficile de comprendre que ces déserteurs ne semblent pas éprouver de haine pour le « boche ». Au tribunal de Prades, en octobre 1917, Isidore Navarro B…, 26 ans, journalier espagnol, est jugé pour complicité de désertion. Il a franchi la frontière, venant d’Espagne, porteur d’une lettre provenant d’un déserteur français109. « Il devait donner à la mère des renseignements sur la situation de son fils, qu’il travaillait régulièrement [...] et qu’il se trouvait avec d’autres déserteurs français, vivait en bonne intelligence avec les ouvriers allemands travaillant aussi aux mines de Fígols. » Selon le commissaire spécial de Bourg-Madame, le déserteur sympathisait avec les Allemands, « vidant de compagnie de nombreuses chopes de bière110 ».
D’autres déserteurs découvrent l’humanité des Allemands qu’ils côtoient. Depuis Biescas le 22 août 1916, c’est ce qu’écrit le sergent D… dans une lettre à des parents :
Sur l’auto qui fait le service de Sallent à Biescas, j’ai fait route avec deux officiers allemands. Ce sont de ceux qui sont prisonniers à Saragosse et qu’on a pris au Cameroun espagnol [sic]. Ils étaient très gentils et très bien éduqués. Ils m’ont dit qu’ils aimaient mieux être ici que sur le front de Verdun. [...] Ils attendent tranquillement la fin de la guerre111.
Au-delà de la frontière, la propagande antiallemande ne fonctionne plus et les ennemis éloignés du front se découvrent un point commun, l’envie de vivre. Pour reprendre ce que Frédéric Rousseau écrit pour les combattants : « Alors au mépris de l’autre se substituent le respect, le sentiment d’être des semblables et des victimes d’une même horreur partagée112. »

36 - L’espoir d’une amnistie


La fin de la guerre est une période d’espoir, mais très vite, les autorités se chargent de rappeler que l’amnistie ne sera pas immédiate. La France victorieuse se montre moins disposée envers ceux qui ont abandonné le combat que celle de 1871. Et de fait, l’amnistie complète n’existera pas. Au Pays Basque, l’effervescence est sensible selon un rapport secret du sous-préfet de Bayonne, en date du 30 novembre 1918 :
Les nombreux déserteurs qui se trouvent en Espagne [...] ne se font point faute d’annoncer aux personnes qui viennent de France et qui y retournent qu’ils comptent bien sur cette amnistie. [...] Ceci est la conséquence de la propagande allemande. [...] Les représentants de nos ennemis n’ont pas hésité à affirmer aux déserteurs qu’ils obligeraient la France à insérer dans le traité de paix une clause d’amnistie pleine et entière pour tous ceux de ses mobilisables qui ont franchi la frontière. Depuis l’armistice, ils cherchent volontairement à leur laisser encore des illusions113.
Quand cette attente de l’amnistie après la guerre est sans résultat, la désespérance semble ga-gner les rangs des déserteurs. Beaucoup avaient fait souche en Espagne et leur nouvelle patrie leur semblait aussi accueillante que l’ancienne. C’est ce qui explique que les fiches de police de Figueres recensent encore de nombreux déserteurs et leur famille en 1934. Les derniers déserteurs ne rentrent que contraints et forcés par la guerre civile.
Seule la langue et la religion restent encore pour un demi-siècle, les éléments du patrimoine culturel partagé par l’ensemble des populations des deux extrémités de la frontière et des habitants de la vallée de la Garonne. Les liens personnels existent parfois entre les versants et surtout les liens commerciaux sont renforcés par la guerre : les besoins immenses de la machine de guerre, l’arrivée massive d’immigrés « espagnols », vont favoriser le départ de centaines de déserteurs et d’insoumis, ouvrant plus largement les départements pyrénéens vers le sud. C’est surtout vrai pour les Catalans à l’est des Pyrénées. Cela est aussi vrai à l’ouest de la chaîne pour les Basques. Au centre, les populations de culture occitane maintiennent des liens plus distendus avec les communautés du versant sud et semblent plus sensibles à l’idéologie française, ce qui n’a pas empêché un certain nombre de désertions et d’insoumissions. Il existe bien en effet un espace transfrontalier et un « temps long » de la désertion. Ces flux nord-sud que l’on observe pendant la Grande Guerre ne sont aussi que l’héritage de flux identiques qui existent depuis la fin du XVIIIe siècle : les émigrés de la période révolutionnaire (1792-1802), ceux qui fuient le coup d’état du 2 décembre 1851 ou la répression de la Commune en 1871 et en général, les migrations économiques et les réfractaires à la conscription. Parallèlement, il y a aussi de nombreux flux dans le sens sud-nord : les constitutionnels libéraux espagnols en 1823, les carlistes en 1840, 1846 et 1874, les déserteurs et insoumis de la guerre de Cuba et de la guerre hispano-américaine (1890-1898), sans compter les réfractaires nombreux au début du XXe siècle.
Les déserteurs ne s’éloignent guère de la frontière, certains se cachant même sur le versant nord. D’autres sont réfugiés dans des villages espagnols de la frontière. L’éloignement, vers les centres industriels, est lié à la recherche du travail : quelques déserteurs semblent connaître des difficultés. D’autres ont très vite trouvé du travail et ont même prospéré dans leur nouvel emploi. L’éloignement ne semble déprimer que très peu d’exilés et peu se décident à revenir pendant la guerre. L’accueil des déserteurs et des insoumis par les populations du sud des Pyrénées est chaleureux, il ne pouvait en être autrement étant donné l’attitude des Espagnols pendant le conflit. L’amnistie est dans toutes les têtes et n’incite pas au retour. C’est d’ailleurs cette mesure de grâce qui amorce le mouvement de soumission des déserteurs mais pas celle des insoumis qui sont peu concernés : les retours les plus nombreux se font surtout en 1924-1926. Refusant de s’engager dans un nouveau conflit, les derniers retours se font pendant la guerre civile espagnole.

1 Selon l’estimation, le pourcentage est de 17,06 %.
2 En 1915, un officier des Pyrénées-Orientales essaie par deux fois de franchir la frontière et ne s’y résout pas. ADPO 1 R 425 : registre matricule de la classe 1895. Gustave Paulin Raoul M… est né le 13 septembre 1875 à Marseille mais est inscrit à Perpignan. Typographe, puis employé de banque, il est homme d’affaires en 1914 et un des notables de Carcassonne. Il est rappelé en août 1914 au 224e RI avec le grade de lieutenant de réserve.
Archives du SHD, justice militaire : pièces du conseil de guerre permanent de la 53e DI siégeant à Bray-sur-Somme le 17 avril 1915. Jugement n° 101. Le rapport sur l’affaire résume les faits : « L’inculpé a été affecté le 29 janvier 1915 au 224e RI. Le même jour, il a pris avec la section dont il lui avait donné le commandement son poste dans la tranchée. Le 1er février, quatre jours après, étant en 1ère ligne, il a abandonné son poste et il a fui. » Le lieutenant commence alors un périple de 24 jours, depuis le front de la Somme à Limoges, où il se rend. Il circule sans difficultés de la Somme à Paris, puis à Lyon et ensuite dans le Sud. Des notes d’audience rapportent ses paroles. « Je partis de Lyon pour Lourdes. Je songeai, je l’avoue, à passer à l’étranger. […] À Cauterets je m’adressai à deux guides que je connaissais. Nous partîmes en skis. Arrivé au col de Marcadau, nous passâmes la nuit. Je réfléchis qu’il valait mieux ne pas passer. Je suis allé à Hendaye un peu plus tard. J’aurais pu passer si j’avais voulu. Je n’avais que la Bidassoa à traverser. Je me résolus à ne pas passer. » Après avoir rencontré les siens à Carcassonne, il se rend à Limoges. Condamné par le conseil de guerre du 17 avril 1915 pour abandon de poste en présence de l’ennemi, il est passé par les armes le 17 avril 1915 à 15 heures, devant les troupes, à Bray-sur-Somme.
3 ADPA 1 M 89 : rapport du sous-préfet de Mauléon au préfet le 23 novembre 1916.
4 ADPA 1 M 95 : courrier du sous-préfet de Mauléon au préfet le 19 décembre 1916. Les mots soulignés le sont dans le document.
5 ADPA 1 M 119 : rapport du commissaire spécial d’Ossès au sous-préfet de Mauléon le 26 juillet 1918.
6 Arbéost et Arrens-Marsous sont deux communes du canton d’Aucun.
7 Le tracé définitif de la frontière, le Traité des Limites, est signé le 26 mai 1866. Il avait été précédé de la signature de trois traités partiels, le 2 décembre 1856 pour la portion occidentale, le 14 avril 1862 pour la partie médiane et le 26 mai 1866 pour la frontière de l’Andorre à la mer. LAFOURCADE, Maïté, La Frontière franco-espagnole. Lieu de conflits interétatiques et de collaboration interrégionale. Actes de la journée d’études du 16 novembre 1996. Centre d’Études basques de l’université de Pau et Pays de l’Adour, faculté pluridisciplinaire Bayonne-Anglet-Biarritz, Bordeaux, PUB, 1998, 160 p., p. 9.
8 Archives du ministère des Affaires étrangères, Paris, Commission de délimitation des Pyrénées, 1855-1856, tome 3, feuillet 165. Cité par FERNANDEZ DE CASADEVANTE ROMANI, Carlos, La Frontière franco-espagnole et les relations de voisinage, Bayonne, éditions Harriet, 1989 (traduction française), 460 p., p. 93.
9 GORRÍA IPAS, Antonio, Jesús, « Le phénomène "Frontière" et la désintégration spatiale dans les Pyrénées », in BRUNET, Michel, BRUNET, Serge, PAILHES, Claudine, (dir.), Pays pyrénéens et pouvoirs centraux (XVIe-XIXe), Actes du colloque international de Foix, 1-3 octobre 1993, Association des amis des Archives de l’Ariège, Foix, 1994, 894 pages (2 tomes), tome 1, pp. 492-505.
10 À la fin du XIXe, l’État français met en place une politique de cohésion nationale, à travers la création d’un réseau scolaire, mais aussi, sur le plan idéologique, en hiérarchisant les identités, les langues locales devenant des « patois ». Les images nationalitaires servent à donner une représentation moderne de la France, alors que les régions périphériques sont rabaissées.
Le gouvernement français développe aussi les centres urbains du piémont comme Tarbes, Oloron, Mauléon, etc. Ces centres vont organiser leur territoire et attirer vers eux les populations des vallées pyrénéennes, les détournant de la frontière et des liens transfrontaliers. GORRÍA IPAS, Antonio, Jesús, « Le phénomène "Frontière" et la désintégration spatiale dans les Pyrénées », in BRUNET, Michel, BRUNET, Serge, PAILHES, Claudine, (dir.), Pays pyrénéens et pouvoirs centraux (XVIe-XIXe). Op. cit., tome 1, p. 497.
11 SAHLINS, P., Boundaries. The making of France and Spain in the pyrenees, Berkeley, The University of California Press, 1989, trad. catalane, Fronteres I identitats : la formació d’Espanya i França a la Cerdanya, S. XVII-XIX, Vic, Eumo, 1993, 372 p., p. 27.
12 Au XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, certains Cerdans sont d’abord scolarisés en catalan et en espagnol, à « l’Escola Pia » de Puigcerdá, avant d’apprendre à lire et à écrire plus tard, en français (BALENT, A., « Un notable carolan de la première moitié du XIXe siècle, François Garreta (1773-1848) » in Records de l’Aravó, Latour-de-Carol, décembre 2004, pp. 5-10. Un siècle plus tard, Hector Ramonatxo est scolarisé en français et apprend l’espagnol à Puigcerdá, l’été, quand il rentre du lycée de Foix. RAMONATXO, Hector, Des Pyrénées à la Neva, Toulouse, Imprimerie Fournié, 1973, 253 p.
Pour Suzanne CITRON (Le Mythe national. L’histoire de France en question, Paris, Éd. ouvrières, 1987, 320 p., pp. 179-183), l’école est indissociable de l’histoire enseignée : « Pendant des décennies, cette histoire servit à "nationaliser" les Français dans les plus lointaines campagnes. » Les lois sur l’école gratuite, laïque et obligatoire ont été adoptées le 16 juin 1881 et le 22 avril 1882 : elles ont eu le temps de faire sentir leurs effets sur les soldats de la guerre de 1914-1918. Les manuels d’histoire, ceux d’Ernest LAVISSE et surtout l’ouvrage d’éducation militaire, Tu seras soldat (1888), inculquent aux élèves le sens de la patrie et exaltent la gloire des soldats de la Révolution.
13 RAMONATXO, Hector, Des Pyrénées à la Neva, op.cit.
14 LLUÍS, Joan-Lluís, Conversa amb el meu gos sobre França i els francesos, Barcelona, La Magrana, 2002, 112 p.
15 THIBON, Christian, « Les Pyrénéens, les villages et l’État : l’intégration par le bas (1848-1914) », in BRUNET, Michel, BRUNET, Serge, PAILHES, Claudine, (dir.), Pays pyrénéens et pouvoirs centraux (XVIe-XIXe), op. cit., tome 2, pp. 160-176, p. 163 et suivantes.
22
16 R. GAY DE MONTELLÀ (La Cerdanya, Editorial Biblioteca Sélecta, Barcelona, 1964, 255 p., p. 134) souligne l’aspect transfrontalier de la « festa major » liée à ces cultes.
17 Le pèlerinage des « Français » à Núria a lieu le jour de la Sant Pere (29 juin), jour d’ouverture du sanctuaire avant la construction du chemin de fer à crémaillère (1931). Josep Maria GUILERA décrit ainsi le pèlerinage des Catalans « fran-çais » pour la Sant Pere en 1919 : « Al mateix temps, per les diverses collades que comuniquen Núria amb la Cerdanya francesa i el Conflent, unes caravanes idèntiques passaven la muntanya i feien un mateix romiatge. Cada colla era la d’un o diversos pobles propers que s’aplegaven i engruixien per fer units el mateix camí. [...] Els catalans francesos emplenaven el santuari. » / Au même moment, par les divers cols qui font communiquer Núria avec la Cerdagne française et le Conflent, des caravanes identiques passaient la montagne et faisaient le même pèlerinage. Chaque groupe venait d’un village ou divers villages voisins qui se regroupaient pour faire dans l’unité le même chemin. [...] Les Catalans français remplissaient le sanctuaire. / GUILERA I ALBINYANA, Josep Maria, « Núria », in Excursions pels Pirineus i els Alps, Barcelona, 1927, cité dans MASCARELLA I ROVIRA, Joan, SITJAR I SERRA, Miquel, Núria abans del cremallera, vivències de viatgers, Sant Vicens del Castellet, Farell editors, 2001, 151 p.
18 L’évêque occitan de Perpignan, Monseigneur Jules de Carsalade du Pont, est catalaniste : il favorise tout ce qui est catalan, en particulier la pastorale. Il voit dans l’abandon du catalan dans l’enseignement du catéchisme une des principales causes de la diminution de la foi. Il accueille des ecclésiastiques « espagnols », en réalité catalans, dans son diocèse. Note d’A. BALENT.
19 ADPO 1 M 619 : information donnée par le commissaire spécial de Bourg-Madame au préfet en 1917.
20 ADPA 1 M 94 : copie d’un courrier de l’inspecteur de police auxiliaire Herque au commissaire spécial d’Ossès le 29 janvier 1918.
21 GARAT, Jacques, Insoumission et désertion en France pendant la Grande Guerre : le cas des cantons basques, Mémoire de DEA, 1982-83, sous la direction de M. J. Julliard, Paris, EHESS, 1983, 53 p., p. 43.
22 Les soldats utilisent l’euskara pour écrire à leur famille. Nous avons trouvé un certain nombre de lettres aux archives des Pyrénées-Atlantiques. ADPA 1 M 94 : courrier du sous-préfet de Mauléon au préfet le 7 décembre 1916. « La plupart des soldats qui se sont enfuis en Espagne continuent de correspondre avec leurs père et mère, les lettres sont portées à travers la frontière par des complices et déposées dans les bureaux de poste voisins. Ces lettres sont toujours écrites en langue basque. »
L’église locale a toujours cherché « à fonder la basquité sur le socle religieux », modèle que l’on peut résumer par la formule « eskualdun fededun » / basque et croyant /. BIDART, Pierre, La Singularité basque, Paris, PUF, 2001, 368 p., p. 30. Les prêtres rejoignaient les préoccupations des patrons basques qui ont cherché à freiner la scolarisation des enfants de leurs ouvriers à l’école laïque et ont développé l’enseignement de l’euskara.
Souvent dans les familles, l’enseignement du castillan est préféré à celui du français dans la perspective d’une émigration vers l’Amérique hispanophone. PEILLEN, Txomin, « Frontières et mentalités. L’autre et le semblable » in La Frontière franco-espagnole. Lieu de conflits interétatiques et de collaboration interrégionale. Op. cit., p. 108.
23 ADPA 1 M 95 : rapport du commissaire spécial d’Hendaye au préfet le 16 mars 1915.
24 Au début du XXe siècle, la langue aragonaise n’a pas encore été supplantée par le castillan dans les vallées pyrénéennes. « L’aragonès : l’angoixa d’una llengua mancada de placifiació lingüistica », Sociedat Lingüistica Aragonesa, Reclams, n° 801, abriu, mai e junh 2006, pp. 9-20.
25 ADPO 2 R 227 : rapport du commissaire spécial du Perthus au préfet, le 29 juin 1915.
26 Ce que confirme BRAGULAT SIRVENT, Jaume, Vint-i-cinc anys de vida puigcerdanesa, 1901-1925, Barcelona, Graficas Casulleras, 1969,, p. 39 : « En aquella ocasió [la guerra] es refugiaren a Puigcerdà bastants desertors i "insoumis", emparentats bastants d’ells amb gent de la Cerdanya espanyola. » / À cette occasion, se sont réfugiés à Puigcerdà un certain nombre de déserteurs et d’insoumis, apparentés pour certains avec des habitants de la Cerdagne espagnole. /
27 ADPO 1 M 615 : rapport du préfet du 3 août 1915 présentant l’état moral des populations au ministre de l’Intérieur.
28 GORRÍA IPAS, Antonio, Jesús, « Le phénomène "Frontière" et la désintégration spatiale dans les Pyrénées », in BRUNET, Michel, BRUNET, Serge, PAILHES, Claudine, (dir.), Pays pyrénéens et pouvoirs centraux (XVIe-XIXe). Op. cit., tome 1, p. 498.
29 BROUSSE, Emmanuel, La Cerdagne française, Perpignan, L’Indépendant, 1896, 2e édition 1926, réédition chez Lacour-Ollé, 2002, 532 p., p. 55.
30 CHEVALIER, Michel, La Vie humaine dans les Pyrénées ariégeoises, Paris, éditions M.-Th. Génin, 1956, 1061 p., p. 685. « En 1900, la commune de Soulan comptait 100 colporteurs hommes et 60 femmes. »
« Proches du colportage, nombreux étaient les petit métiers ambulants : les chaudronniers, rémouleurs, étameurs de la Bellongue, les aigardentaires (brûleurs d’eau de vie) de Massat, les petites marchandes de fruits et légumes de Massat. » PAILHES, Claudine, Du Carlit au Crabère, terres et hommes de frontière, Foix, Conseil Général de l’Ariège, Archives départementales, 2000, 623 p., p. 326.
31 PEILLEN, Txomin, « Frontières et mentalités. L’autre et le semblable » in La Frontière franco-espagnole. Lieu de conflits interétatiques et de collaboration interrégionale. Op. cit., p. 120.
32 ADPO 1 M 619 : lettre de Jacques Iglésis au préfet, le 2 avril 1917.
33 L’orthographe du document cité a été respectée.
34 ALLIÈRES, Jacques, Les Basques, Paris, PUF, QSJ n° 1668, 1977, 5e édition 1996, 128 p., p. 87.
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Claudine Pailhès estime que ces « accords [...] ne connaissaient pas de frontière et réunissaient vallées "françaises" et "espagnoles". PAILHES, Claudine, Du Carlit au Crabère, terres et hommes de frontière, op. cit., p. 15.
35 Michel Chevalier a décrit en ces termes ces communautés pyrénéennes : « Ces petites républiques s’administrant elles-mêmes, [sont] maîtresses de leur domaine pastoral ou minier. » CHEVALIER, Michel, La Vie humaine dans les Pyrénées ariégeoises, op. cit., p. 329.
36 Le mot vient de l’ancien mot occitan patzaria, du substantif patz, la paix. Bien que synonymes, ces mots ont des sens différents : faceries est utilisé pour des accords pastoraux et lies et passeries désignent toute convention de paix. LAFOURCADE, Maïté, La Frontière franco-espagnole. Lieu de conflits interétatiques et de collaboration interrégionale. Op. cit., p. 10.
Lire aussi CAVAILLÈS, Henri, Lies et passeries dans les Pyrénées, compte-rendu de la Journée d’études de Luz-Saint-Sauveur (03 /1985), Société d’études des sept vallées, Tarbes, Archives départementales, 1986, 233 p. ; page 184, une carte de François Baby montre les divers liens unissant les communautés de part et d’autre de la frontière ariègeoise.
37 Annexe III du Traité des Limites de 1856. Cité par FERNANDEZ DE CASADEVANTE ROMANI, Carlos, La Frontière franco-espagnole et les relations de voisinage, Bayonne, éditions Harriet, 1989 (traduction française), 460 p., note 194, p. 53 et p. 182. Le bétail du Barétous a la jouissance des herbages et des eaux sur les pâturages des villages d’Ernaz et Leja pendant 28 jours consécutifs à partir du 10 juillet et seulement du lever au coucher du soleil. Jusqu’en 1898, les Navarrais portaient des armes et tiraient une salve en direction du territoire occitan et fichaient une lance au nord de la frontière pour bien montrer qu’ils étaient les donateurs. La commission internationale des Pyrénées impose aux Navarrais la fin de cette coutume jugée insultante par les nationalistes français. Une autre facérie concernait les habitants des vallées d’Aezcoa au sud et celles de Cize et de Saint-Jean-Pied-de-Port au nord.
38 ADPA 1 M 166 : lettre du syndic de la vallée de Baïgorry au préfet le 24 octobre 1916.
39 ADPA 1 M 166 : copie d’un rapport du commissaire spécial de Saint-Jean-Pied-de-Port au sous-préfet de Mauléon le 20 novembre 1918.
40 Le Traité des Limites de 1856 (art. 15) a repris les dispositions du traité d’Elizondo de 1785, traité jamais appliqué. Le « Quinto Real », attribué à l’Espagne en 1785, se divise en trois zones : le versant septentrional est réservé aux habitants de Baïgorri, la seconde partie est commune à ces mêmes habitants et à ceux de Luzaide et le versant méridional est aussi partagé entre Baïgorri et les vallées navarraises voisines de Batzan et d’Erro. Au contraire, le bois d’Iraty, en territoire français, est exploité aux deux tiers par les villageois espagnols. FERNANDEZ DE CASADEVANTE ROMANI, Carlos, La Frontière franco-espagnole et les relations de voisinage, op. cit., note 410, p. 126.
Lire aussi la communication de SALCEDO IZU, Joaquin, « Les Aldudes : lieu de conflits interétatiques et de coopération interrégionale » in La Frontière franco-espagnole. Lieu de conflits interétatiques et de collaboration interrégionale. Op. cit., pp. 48-70.
41 ADPA 1 M 90 : courrier du commissaire spécial d’Ossès au sous-préfet de Mauléon le 10 mai 1918.
42 ADPA 1 M 94 : copie d’un rapport du commissaire spécial de Mauléon au sous-préfet de Mauléon en août 1917.
43 Au Pays Basque, le développement de la contrebande est lié au déplacement de la frontière douanière de l’Èbre aux Pyrénées en 1872. Jusqu’à cette date, les quatre provinces du Sud étaient une zone franche. PEILLEN, Txomin, « Frontières et mentalités. L’autre et le semblable » in La Frontière franco-espagnole. Lieu de conflits interétatiques et de collaboration interrégionale. Op. cit., p. 116.
44 « El contaban neix amb la mateix noció de frontera i evidencia l’existència d’une complicitat ben estreta (pel seu mateix caràcter il∙legal i secret) entre gent d’un i altre costat. » / La contrebande naît de la notion de frontière et met en évidence l’existence d’une complicité très étroite, en raison de son caractère illégal et secret, entre les populations de part et d’autre de cette frontière. / PUJOL, Enric, « La relació històrica a banda i banda de l’Albera », L’Albera, terre de passage de mémoires et d’identités, Perpignan, PUP, Institut Franco-catalan Transfrontalier, 2006, p. 170.
45 En 1896, E. BROUSSE décrit ce phénomène : à Bourg-Madame, « les Espagnols sortent des magasins et des petits bazars de la localité les mains pleines d’objets de fabrication française ; tandis que nos compatriotes, arrivant de Puigcerdà, sont bourrés de boîtes d’allumettes, de confiseries, de foulards, de ceintures et de mille petits riens achetés de l’autre côté de la Rahur. » BROUSSE, Emmanuel, La Cerdagne française, op. cit., p. 238-239.
46 ADPO 3 U 1109 : jugement n° 326 du 21 décembre 1916, tribunal correctionnel de Céret.
47 ADAr 5 M 127 : copie d’un rapport du chef du poste spécial militaire de Cerbère au commissaire du Gouvernement aux frontières le 7 octobre 1918. Transmis le 8 par le commissaire du Gouvernement aux frontières au préfet de l’Ariège.
48 Il ya aussi du tabac français réexporté « car la régie française exportait à un prix peu élevé du tabac », alimentant ainsi la contrebande ! PAILHES, Claudine, Du Carlit au Crabère, terres et hommes de frontière, op., cit., p. 371.
49 Ils reprennent les chemins de transhumance hivernale mis en place par les Andorrans après 1903 et qui conduisaient leurs troupeaux dans les plaines littorales languedociennes. PAILHES, Claudine, Du Carlit au Crabère, terres et hommes de frontière, op., cit., p. 288.
50 ADAr 5 M 127 : courrier confidentiel du commissaire du Gouvernement aux frontières au préfet le 26 septembre 1918.
51 Le trafic de mules vers l’Espagne est une constante du XVIIIe siècle jusqu’aux années 1930. Note d’A. BALENT. À la fin du XIXe siècle, Emmanuel Brousse en parle en ces termes : « Ce qu’il s’expédie de mules de la Cerdagne en Espagne est incalculable. Les Cerdans vont acheter de jeunes mules ou mulets en Poitou, en Vendée, dans le Nivernais et en Bretagne, les gardent pendant deux ou trois ans puis vont les vendre chez les Espagnols à des prix élevés. La Cerdagne a fourni et fournit
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encore une grande partie des mulets à l’armée espagnole. Il se vend aussi beaucoup de chevaux cerdans et de baudets. » BROUSSE, Emmanuel, La Cerdagne française, op. cit., p. 44.
52 Archives du SHD 7 N 984 : impressions et renseignements d’ensemble se dégageant de l’examen de la correspondance postale. Période du 15 au 31 janvier 1916. Commission militaire du contrôle postal de Bordeaux. 2e Bureau EMA. Les Alle-mands achètent aussi des chevaux en Argentine.
53 POURCHER, Yves, Les Jours de guerre : la vie des Français au jour le jour entre 1914 et 1918, Paris, Plon, 1994, 546 p. Il faut vingt-six chevaux ou mulets pour tracter une pièce de 75 et ses munitions.
54 BALENT, A., « Un notable carolan de la première moitié du XIXe siècle, François Garreta (1773-1848) » in Records de l’Aravó, Latour-de-Carol, décembre 2004, pp. 5-10 et RAMONATXO, Hector, Des Pyrénées à la Neva, op. cit.
55 ADPO 1 M 614 : courrier du commissaire spécial de Bourg-Madame au préfet, le 19 janvier 1915.
56 Il se trouve au hameau de Sedret, sur la commune de Latour-de-Carol, à trois kilomètres du village.
57 ADPO 1 M 621 : courrier du commissaire spécial de Bourg-Madame au préfet, le 19 mars 1916.
58 ADPO 1 M 614 : courrier du ministre de l’Intérieur au préfet, le 20 septembre 1916.
59 C’est un véritable notable local, ami du ministre français des Affaires étrangères Théophile Delcassé – originaire de l’Ariège – et du député de la circonscription, Emmanuel Brousse. Ce dernier dénonce la contrebande…à Paris. R. GAY DE MONTELLÀ (La Cerdanya, op. cit., p. 202) le décrit ainsi : « Soliem baixar molts matins dels darrers d’agost a Bourgmadama, a visitar el nostre amic, el maire mussiú Cot, que feia més de quaranta anys que era maire i que semblava que ja n’havia nascut. Era un vellet amable i corsecat, amb un mostatxo blanc caigut, profund patriota i amo d’una botiga que venia objectes indefinits i exposats en aparadors que no sentien mai la influència de les modes ni la necessitat de la pintura. » / Plusieurs matins des derniers jours d’août [1914] nous sommes descendus à Bourg-Madame rendre visite à notre ami, le maire Monsieur Cot. Cela faisait plus de quarante ans qu’il était maire, ce qui donnait l’impression qu’il l’avait été en naissant. C’était un petit vieux aimable et desséché, portant une longue moustache blanche. Il était profondément patriote et propriétaire d’une boutique où se vendaient des objets indéfinis exposés dans des vitrines éloignées de l’influence des modes comme des nécessités de la peinture. /
60 ADPO 1 M 614 : courrier du commissaire spécial de Bourg-Madame du 4 janvier 1917.
61 ADAr 5 M 127 : rapport du commissaire spécial au contrôleur général des services de recherches judiciaires sur les rapports entre contrebandiers de Siguer et Andorrans le 17 août 1918.
62 ADHG 15 Z 37 : courrier du procureur de la République de Toulouse au préfet le 28 octobre 1918.
63 ADHG U 2832 : procès du tribunal de première instance de Saint-Gaudens.
64 Ces passages sont garantis par les articles 18 et 19 du Traité des Limites et par l’article 7 de l’Acte Additionnel aux trois Traités du 26 mai 1866. Le propriétaire a la liberté de passage « à l’aller comme au retour ». Cité par FERNANDEZ DE CASADEVANTE ROMANI, Carlos, La Frontière franco-espagnole et les relations de voisinage, op. cit., p. 187.
65 ADPA 1 M 89 : envoi de deux rapports du commissaire spécial d’Ossès par le sous-préfet de Mauléon au préfet le 9 novembre 1919.
66 Le pharmacien de Bourg-Madame, Thomas Casals, est mobilisé : aller à Puigcerdà est donc une nécessité.
67 ADPO 1 M 619 : lettre de Mme G…, d’Hix, écrite au ministre de la guerre, le 1er avril 1917.
68 Puigcerdà et la Cerdagne deviennent le lieu de la résidence d’été des Barcelonais fortunés à partir des années 1870-1880. SAHLINS, P., Fronteres i identitats, op. cit., p. 286.
69 ADHG M 1203 : rapport du commissaire spécial de Luchon, Bourdiol, au préfet le 9 avril 1918. Il demande cinq inspecteurs de police auxiliaire au lieu des deux qu’il a pour contrôler les nombreux étrangers attirés par les bains et les ouvriers espagnols travaillant sur les différents chantiers hydroélectriques. Les deux inspecteurs sont accaparés par le service des cartes pour les travailleurs qui entrent par le Portillon et le port de Vénasque. ADHG M 1203 : rapport du commissaire spécial de Luchon au préfet le 4 août 1918. Il signale la présence de nombreux excursionnistes dont les militaires doivent examiner les sauf-conduits et fouiller les bagages.
70 ADHP 1 R 7/1904 : matricule 1392 du troisième registre de 1904. Joseph Sylvain C…, dit Haderne, est né à Salles-Argelès le 12 novembre 1884. Il est agriculteur et charretier. Il quitte le 12e RI le 3 juin 1915. Il n’est pas revenu d’Espagne avant la prescription à 50 ans.
71 ADHP 1 R 7/1904 : matricule 1461 du troisième registre de l’année de 1904. Henri Jean D… est né le 6 mai 1884 à Laloubère dans le canton de Tarbes. Cultivateur, il est mobilisé au 12e RI et atteint le grade de sergent. Il déserte le 23 septembre 1915 et se soumet le 22 mai 1922. Condamné à deux ans de prison par le conseil de guerre de la 18e Région du 1er août 1922, il meurt à l’hôpital militaire de Lyon le 20 mai 1923.
72 ADHP R 448 : rapport du commissaire de la police mobile John Hennet au procureur de la République de Lourdes le 26 septembre 1917.
73 « À la fin du XIXe il y avait environ une trentaine de guides à Gavarnie (près de 10 % de la population). » DE BELLEFON, Renaud, « L’alpinisme, forme d’appropriation de la haute montagne », in BRUNET, Michel, BRUNET, Serge, PAILHES, Claudine, (dir.), Pays pyrénéens et pouvoirs centraux (XVIe-XIXe), op. cit., tome 1, pp. 45-55, p. 52.
74 ADHP R 448 : rapport du commissaire de police mobile au procureur de la République de Lourdes le 7 octobre 1917.
75 ADPA 1 M 95 : courrier du sous-préfet d’Oloron au préfet le 9 décembre 1916.
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76 Dans les Hautes-Alpes, Émilie Carles parle de deux protestants réfractaires, les frères Bertalou, qui ont continué à travailler leurs champs pendant la nuit, protégés des recherches par leurs voisins. Ils ne sont même arrêtés qu’en... 1927 ! CARLES, Émilie, Une soupe aux herbes sauvages, Paris, Jean-Claude Simoën, 1977, réédition Le Livre de Poche, 349 p., pp. 98-105.
77 Futur lieu d’un maquis important pendant la seconde guerre mondiale.
78 ADAr 129 W 23 : matricule 950 du second registre de l’année 1904.
79 Récit de M. Roig d’Argelès, début 2008.
80 ADPO 1 M 622 : rapport de l’inspecteur spécial Dreuilh au commissaire spécial de Cerbère le 9 août 1916.
81 Le texte français parle de Dorri : il s’agit de Dòrria, village de la vall de Ribes qui a maintenu de nombreux liens avec Valcebollère, entre autres de contrebande. Note d’A. Balent.
82 ADPO 1 M 614 : rapport du commissaire spécial de Bourg-Madame au préfet, le 2 septembre 1915.
83 ADPA 1 M 94 : copie d’un rapport de l’inspecteur de police auxiliaire Jaureguiber au commissaire spécial de Saint-Jean-Pied-de-Port le 20 novembre 1917.
84 ADAr 5 M 127 : enquête des brigades de gendarmerie de l’Ariège (18 janvier 1919) ; liste des déserteurs inscrits sur les registres de la brigade avec leur lieu de refuge.
85 ADHG 15 Z 682 : courrier du commissaire spécial de Toulouse au préfet le 30 mai 1916.
86 ADPA 1 M 94 : courrier du brigadier des eaux et forêts d’Urrugne au conservateur des eaux et forêts de Pau, le 16 février 1916.
87 ADPO 1 M 614 : rapport du commissaire spécial de Cerbère au général Ferré, le 1er août 1915.
88 AN F 7-14700 : déserteurs et insoumis signalés comme réfugiés à l’étranger. Lettre de Barcelone du 6 juillet 1915, envoyée par le SCR à l’Intérieur (Sûreté générale). Liste des déserteurs connus du consulat général à la date du 5 juillet 1915, établie par le commissaire spécial de Cerbère.
89 ADPO 4 M 412 : rapport secret du 6 avril 1919, fait par le lieutenant-colonel de Lavenne de Choulot.
90 ADPA 1 M 89 : courrier du ministère des Affaires étrangères au ministre de l’Intérieur le 4 janvier 1916.
91 AN F 7-14699 : circulaire du contrôle général des services de recherches judiciaires n° 13425/CE du 9 mars 1916.
92 Cela ne concerne pas les déserteurs originaires des Pyrénées-Orientales ni ceux du Pays Basque. Les déserteurs occitans, eux non plus, n’avaient pas beaucoup de problèmes pour communiquer en catalan.
93 ADPO 4 M 141 : rapport incomplet du commissaire spécial de Bourg-Madame. Il manque la première page et la date mais cite un rapport daté du 23 décembre 1916.
94 Archives du SHD 7 N 143. Déserteurs : ministère de la Guerre, direction du contentieux et de la Justice militaire, circulaire n° 28010-2/10 adressée aux généraux par René Besnard, le sous-secrétaire d’État à l’administration générale de la Guerre, le 31 août 1917.
95 Des télégrammes du commissaire spécial de Cerbère au ministère de l’Intérieur et au préfet, en 1917, signalent la sou-mission de trois soldats au consulat de Barcelone (ADPO 2 R 227). L’un d’entre eux est originaire des Pyrénées-Orientales.
Télégramme du 29 janvier 1917 : « Vous informe que nommé V… Clément Jean Guillaume né le 22 mars 1892 à Rivesaltes insoumis au 53e Regt Infanterie à Perpignan ayant fait sa soumission à Barcelone et dont l’acte m’a été envoyé par consulat général s’est présenté hier au commissariat et a été remis à la gendarmerie. » ADPO 1 R 515 : registre matricule de la classe 1913. V… Clément Jean Guillaume est né le 22 mars 1892 à Rivesaltes de parents étrangers. Il est charcutier à Barcelone. Manquant en août 1914, il est déclaré insoumis le 1er octobre 1914. Il se présente le 30 mai 1917 à Perpignan pour être incorporé au 53e RI. Il est condamné par le conseil de guerre du 19 juin 1917 à six mois de prison avec sursis pour insoumission en temps de guerre. Il part en permission en juillet 1917. Il déserte le 27 juillet 1917 après deux mois d’armée. Il est rayé par prescription à 50 ans, le 22 mars 1942.
96 ADPA 1 M 89 : lettre au préfet de l’instituteur de Bustince-Iriberry, le 10 novembre 1916.
97 ADPA 1 M 95 : courrier du sous-préfet de Mauléon au préfet le 19 décembre 1916.
98 ADPA 1 M 94 : copie d’une note de l’inspecteur de police spéciale de Baïgorry, Laffitte, le 4 janvier 1917. Rapport de l’inspecteur de la police spéciale de Baïgorry (Laffitte) au sous-préfet de Mauléon le 4 janvier 1917.
99 Archives nationales F 7-14700 : liste des déserteurs résidant à Figueres, fournie par le sous-lieutenant Courrégelongue, commandant le poste de barrage et de liaison de Cerbère.
100 ADPO 2 R 227 : courrier du commissaire spécial de Cerbère au préfet le 19 octobre 1916.
101 Cartons 1405 et 1406 du « Fons municipal de Figueres » conservant les « cedules d’inscripció d’estrangers » (1922-1934).
102 ADHP R 448 : rapport du commissaire spécial de Pau, Bauer, chef du service de surveillance de la frontière des Pyrénées, au directeur de la Sûreté générale le 14 octobre 1917.
103 Entretien du 4 avril 2006.
104 ADPO 2 R 227 : rapport du commissaire spécial de Cerbère au préfet le 9 août 1915.
105 Archives nationales F 7-14700 : reprise de la note du SR de Madrid n° 3837R du 5 novembre 1917. Envoi SCR n° 27331 au président du Conseil et au ministre de l’Intérieur, le 13 novembre 1917.
106 Nous avons vu que les historiens catalans ont mis à mal le mythe des milliers de volontaires catalans de la Grande Guerre.
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107 Archives Nationales F7-14699 : lettre interceptée par le contrôle postal de Narbonne le 12 décembre 1916.
108 ADPA 3 U5 876 : tribunal correctionnel de Saint-Palais. Procès n° X du 2 mars 1917 pour complicité de désertion.
109 Fígols de les Mines au nord de Berga. Ce sont des mines de lignite.
110 ADPO 3 U 3089 : tribunal correctionnel de Prades, jugement n° 152 du 18 octobre 1917.
111 ADHP R 448 : rapport du commissaire spécial de Pau, Bauer, chef du service de surveillance de la frontière des Pyrénées, au directeur de la Sûreté générale le 14 octobre 1917.
112 ROUSSEAU, Frédéric, La Guerre censurée. Une histoire des combattants européens de 14-18, Paris, Seuil - Points histoire, 2003, (1ère édition, 1999), 460 pages, p. 230.
113 ADPA 1 M 94 : courrier « secret » du sous-préfet de Bayonne au préfet le 30 novembre 1918.

 Miquel Ruquèt