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Fondée en 1998, l'Association pour la Promotion de l’Histoire dans les Pyrénées-Orientales (A.P.H.P.O.) a initialement pour objet l’étude et la mise en valeur des archives publiques et privées, l’étude et la mise en valeur du patrimoine.  Lire la suite

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Albert Dauré , trois lettres du front

 

Albert Dauré

Trois lettres du front à son ami Charles ANRIGO en 1916


Albert DAURÉ est né à Rivesaltes, au N° 20 de la rue Diderot, le 2 juillet 1892, chez son père Laurent Dauré, propriétaire, et sa mère Thérèse Crassous qui est morte avant l’incorporation de son fils.

Son livret militaire donne les renseignements suivants sur le jeune homme : taille 1m76, cheveux et yeux châtains, nez rectiligne, menton bilobé 1. Il a fait des études de droit (degré d’instruction 5) et maîtrise remarquablement son expression et sa pensée ; il a bénéficié d’un sursis (article 21) renouvelé en 1914 auquel il a cependant renoncé pour être incorporé le 20 août 1914 au 142° régiment d'infanterie 2. Il est incorporé au 53° régiment d’infanterie le 11 août 1914 et arrive au corps le jour même ; soldat de 2e classe.

Le soldat de 1914 est un soldat-citoyen. les soldats français sont, depuis la Révolution, des soldats « citoyens ». obéissant à une autorité dont ils sont en même temps la source, en vertu de la souveraineté populaire. Cette spécificité fondamentale fait de l’obéissance un devoir civique, considéré comme naturel et comporte également des droits. Cette notion, issue des guerres de la Révolution a été progressivement  consolidée sous le régime républicain, en particulier à travers la loi de 1889 qui égalise les conditions du service militaire.  le fait d’y combattre ne résulte pas de processus volontaires mais des règles du jeu social dans l’État-nation républicain, qui ont donné son efficacité maximale au « fait national » en 1914.

Albert Dauré  écrit à son ami Charles Anrigo, rue de l’Hôtel de ville à Rivesaltes ; ami né en 1891 et exempté  de service militaire. Il écrit du secteur postal 38 et appartient à la 8e compagnie du 53° régiment d’infanterie. Il s’agit de trois lettres de 1916.

Le secteur postal servait à dissimuler l'emplacement exact des troupes : le secteur postal est l'adresse postale d'une unité dans la zone des armées. Afin que du courrier intercepté par l'ennemi ne trahisse pas l'emplacement des troupes, son numéro, tel qu'il figure notamment dans le cachet du Trésor et Postes, ne permet aucune localisation géographique. Il s'agit en effet d'une circonscription postale non territoriale, souvent définie à l'échelon de la division et à laquelle était rattachée une unité (parfois plusieurs). Le secteur postal 38 desservit la quatre-vingt-onzième division d'infanterie territoriale puis la cent-vingt-quatrième division d'infanterie à partir du 15 juin 1915 avant d'être supprimé le 2 février 1919.

 

Début 1915, les premières instructions mettent en place un contrôle postal du courrier des combattants afin de détecter d'éventuelles preuves d’espionnage. En 1916 s’installent les premières commissions militaires de contrôle postal. On s’intéresse désormais aux opinions et au défaitisme et on contrôle surtout le moral du soldat. Mais la censure a un impact très limité au vu de la masse de courrier à lire.

Les historiens s’accordent à dire que ce sont entre 2 % et 4 % du courrier provenant du front qui sont contrôlés chaque jour par des lecteurs sous l’autorité militaire et non postale 3.



Le 53e régiment d’infanterie appartient à la 16e région militaire 4 ; au moment de la déclaration de guerre, il  tenait garnison dans les places des Pyrénées-Orientales. Il était, en majorité, composé de Catalans et de Languedociens 5. Le 10 juin, le 53e est relevé par le 80e. Il cesse de faire partie de la 32e Division et entre dans une formation nouvelle, la 124e Division. Transporté en chemin de fer, il débarque à  Mourmelon-le-Petit, où il cantonne le 14 juin ; il entre en ligne face à Vaudesincourt et relève les 134e et 135e régiments territoriaux dans un secteur tout à fait calme. Le 53e était composé de trois compagnies 6. Le lieutenant Ruffiandis 7 était à la tête de la 8e compagnie. Le 5 août, le 53e se porte à Mourmelon-le-petit et prend une part active aux travaux préparatoires de l'offensive de Champagne ; construction de parallèles de départ et de boyaux, aménagements de place d'armes, travail très délicat et particulièrement pénible, à moins de 400 mètres des tranchées allemandes.

Le 25 septembre, le régiment attaque les tranchées allemandes de Moronvilliers, c’est la seconde offensive de Champagne.

Ces lettres de l’année 1916 montrent l’état d’esprit et le moral du soldat citoyen avec l’allongement de la guerre. On n’est plus dans le modèle initial de 1914, où une mobilisation unanime était censée se traduire par une obéissance immédiate et inconditionnelle, au nom de la nation envahie. Le discours dominant formulé et cristallisé à l’été 1914 ne peut survivre entièrement à la réalité et à la durée de la guerre industrielle.

Charles Anrigo, lui, est loin des dures réalités du front et semble encore imprégné du discours dominant de 1914. Albert Dauré lui révèle la réalité des combats et des tranchées. Les soldats de 1914-1918 évoluent dans un cadre qui ne leur laisse que très peu de choix. On fait la guerre parce qu’il y a la guerre. Elle devient la situation sociale ordinaire. Obéir et se conformer à l’ordre social transformé du temps de guerre, légitimé par de puissants et cohérents discours dominants, est quasiment la seule conduite ouverte aux contemporains en 1914. L’évidence est collective. La mobilisation ordonnée par l’État reste une situation extraordinaire, mais étatiquement définie comme normale et ordinaire, et par là évidente pour les individus qui n’ont d’autre choix que d’y participer.  Mais ce modèle de l’obéissance et du  conformisme social en temps de guerre ne peut survivre entièrement à la réalité des premiers combats. La bataille de la Marne puis l’enterrement dans les tranchées rendent impossible la guerre courte attendue  par les Allemands que par les Français, la guerre dure, et cette durée met à l’épreuve les cadres sociaux et symboliques de l’obéissance tels qu’ils se sont fixés à l’été 1914.

On assiste entre 1915 et 1916 à un retour partiel de la démocratie, de ses valeurs (discussion, délibération, désaccord), de ses pratiques (manœuvres politiques, liberté plus grande de parole et d’expression, possibilité de dissension, rééquilibrage institutionnel vers le Parlement), et donc de ses conflits. Les soldats-citoyens eux-mêmes par les textes qu’ils publient dans leurs journaux, et, surtout, les lettres qu’ils écrivent, contribuent à ouvrir et à alimenter le débat. La guerre elle-même finit par être mise en question 8. C’est ce que fait Albert Dauré à la fin de cette lettre du 1er janvier 1916.

 

1er janvier 1916

Mon cher Charles 9,

Combien parmi tous ceux qui n’ont pas connu les souffrances de la guerre raisonnent comme toi. Tu te plains de l’ennui  que te cause ton inactivité ? Mais alors crois-tu que c’est de l’activité de rester 8 jours dans un trou comme celui où je suis en ce moment, où nous contenons 7 assis sans pouvoir nous allonger et quand on a pour tout lieu de promenade un boyau plein de boue où par endroit on s’enfonce à mi-cuisse 10? Mon cher ami résigne toi à ton sort et crois que tu es envié 11. J’avais souvent vu Sauveur Carrails ( ?), étant dans le même secteur lors des attaques de septembre 12 et j’ai vu sa tombe à Mourmelon-le Petit 13. La mort fut sa récompense de 13 mois de front 14 !

 

 


Nous sommes dans un très mauvais secteur, il pleut tous les jours et l’artillerie y est d’une activité plutôt désagréable. Pendant les 8 derniers jours que nous avons passés ici, il avait tellement plu qu’il était impossible de circuler dans les tranchées et boyaux, qui étaient pleins d’eau 15 . Boches et français (sic) se résignèrent à passer en rase campagne et on conclut le contrat tacite de ne pas se tirer dessus. Les tranchées étant distantes de 30 à 60 mètres, certains allèrent entre les lignes et communiquèrent avec les boches, on échangea des cigares, mais surtout du pain dont les boches se montrent très friands 16 . On fraternisa ainsi plusieurs jours, mais comme il y eu des exagérations dans ces relations 17 , le 7518 intervint et dispersa tous les groupes qui se formaient entre les lignes. Nous en avons marre de la guerre mais les boches encore plus que nous. Ils sont très mal habillés et souffrent plus que nous. Ils regardaient avec envie les peaux de mouton19 que l’on nous donne et nous disaient bon, bon pas froid franssous. Tout cela va te paraître invraisemblable, et pourtant il y a plutôt lieu de s’étonner que boches et français (sic) n’abandonnent pas  de concert toutes leurs tranchées.

Bien affectueusement à toi

 

20

 

La lettre du 7 février 1916 exprime comme la précédente et plus encore l’évolution de l’état d’esprit des poilus et la remise en question de la guerre.  Les pertes humaines durant  la Grande Guerre sont gigantesques, et perçues comme telles par les acteurs du conflit eux-mêmes, en particulier par les combattants français dès les deux premières années de la guerre. L’absence de résultats qui est mise en parallèle avec l’énormité des pertes humaines : « Tous nous devons y passer car c’est la fin du monde de voir tant d’hommes tués  pour aboutir à rien du tout 21 ». Le tournant majeur intervient à la mi-1915 : la conjonction des mesures et des événements (permissions, décorations, loi Dalbiez, contrôle postal, crises politiques) qu’on y rencontre ne doit rien au hasard mais est l’indice de la nécessité profonde qu’il y a à adapter ces cadres sociaux de l’obéissance à la guerre réelle. Cette adaptation produit des effets paradoxaux : de nouvelles interactions et de nouvelles valeurs structurent l’expérience de guerre et permettent aux individus de « tenir » ; mais leur genèse conflictuelle a rendu plus complexe l’identité des combattants, et ouvert la possibilité d’espaces et de postures critiques envers l’armée et le pouvoir22.

 

Le 7/2/1916

Mon cher Charles,

Je constate avec plaisir que tes intentions belliqueuses se sont calmées et que tu te rends compte de la réalité. Pour venir ici comme volontaire 23, il faut être inconscient ou être poussé par la plus sotte des ambitions, vite calmée d’ailleurs par les déboires que réserve la vie de campagne. Inconscient ? Tu ne peux pas l’être, tu es suffisamment averti sur toutesles souffrances que nous avons à endurer…, ambitieux ? Qu’as-tu à espérer comme récompense des actions d’éclat que tu pourrais accomplir ? Tu aurais plutôt des déceptions que des lauriers à cueillir 24. Quant au patriotisme pas, c’est un sentiment qui est devenu bien rare, et il n’y a que ceux à qui il procure un certain bénéfice, qui continuent à l’évoquer, et s’en servent d’un tremplin pour leurs basses ambitions 25. Nous sommes dans un poste assez confortable et le secteur que nous occupons est assez sec. Le temps est d’ailleurs assez beau.

Tout est bouleversé par le bombardement du mois de septembre, partout gisent encore les débris d’une bataille qui dût être furieuse. Beaucoup de cadavres sont encore sans sépulture et répandent une atmosphère peu agréable.

Devant nous s’ouvre une vue très large et très profonde chez nos ennemis que nous dominons 26. Par temps clair nous voyons très loin chez eux, ce qui fait de la position que nous défendons un point très important et très envié. Il y a donc lieu de se tenir sur ses gardes. Dernièrement ils ont essayé d’attaquer par l’emploi de liquides enflammés et de gaz suffocants 27. Ils ont à peu près échoué, n’ayant réussi qu’à prendre qu’un petit élément de tranchée.

Je ne vois pas la possibilité d’une solution par les armes et quand on entend encore des brutes hurler jusqu’au bout, je me demande quelle est leur intention, et par quel moyens ils veulent les réaliser. Où veulent nous mener nos gouvernants ? C’est une énigme obscure et leur optimisme n’est qu’une inconscience criminelle, dont ils auront à rendre compte plus tard devant tous ceux qui reviendront de cette terrible guerre…


Fin 1916 la situation très différente de celle de l’entrée en guerre. On assiste bien entre 1915 et 1916 à un retour partiel de la démocratie, de ses valeurs (discussion, délibération, désaccord), de ses pratiques (manœuvres politiques, liberté plus grande de parole et d’expression, possibilité de dissension, rééquilibrage institutionnel vers le Parlement) ; les campagnes de presse et les débats illustrent un retour aux pratiques et aux valeurs du régime républicain, et signalent la légitimité nouvelle des postures critiques qui deviennent ouvertes même aux combattants, qui sont libres d’écrire à leurs députés ou à des journalistes. Leur double identité des soldats-citoyens, à la fois professionnelle (le « métier » du combat donne des droits) et politique (ceux-ci doivent être garantis dans le cadre de la République et d’un effort de guerre conditionné à un réel égalitarisme) alimente ainsi un esprit critique et une attention aux abus, aux promesses non tenues, aux ruptures de l’égalité ou aux insuffisances du commandement parmi les soldats. Les voix dissonantes sont de plus en plus nombreuses. Les critiques viennent des parlementaires eux-mêmes, elles sont dirigées contre le gouvernement et contre l’état-major. Les soldats souhaitent connaître et comprendre la politique des dirigeants.

Mais, surtout, les permissions créent un mode de liaison imprévu entre l’arrière et l’univers tout aussi imprévu du front. Elles permettent aux soldats de redevenir, un instant, des civils – alors même que la durée de la guerre tend à développer, au contraire, des formes de professionnalisation. Au début d’une guerre que presque tous imaginaient « courte, fraiche et joyeuse », les permissions (le droit de quitter pendant quelques jours ses obligations militaires) n’existaient pas ; elles étaient exclues en temps de guerre. Il n’y en eut donc pas jusqu’au printemps 1915. Mais la guerre durait et l’absence de permission, l’éloignement sans fin de la famille devenaient intolérables. Le 30-6-1915 le général Joffre accorda 8 jours par an,  à tour de rôle, aux soldats ; mais le système marchait très mal générant un sentiment d’injustice (seuls 9% des hommes en avaient profité en 1916). En octobre 1916 les députés obtiennent la création d’un régime de trois permissions annuelles d’une semaine chacune. Les soldats français se considéraient comme des soldats-citoyens pour lesquels la permission était un droit civique. C’est-ce que comprit bien le général Pétain appelé pour régler la crise : Il humanisa quelque peu la condition du soldat en donnant une réelle efficacité au système de roulement des permissions, en les portant à 10 jours 3 fois par an avec affichage des listes de noms tous les 15 jours. Les permissions deviennent un ressort essentiel du moral des hommes, comme le montre cette troisième lettre au ton plus apaisé.

 

 

Le 16 novembre 1916

Mon cher Charles,

Tu vas être certainement étonné de recevoir cette lettre car on s’était mutuellement oublié depuis ton départ.

Je suis ici avec Bès, nous causons souvent de toi, Cazals etc… Il nous est agréable de rappeler les souvenir du passé, dans des moments qui sont souvent bien tristes.

Bès est un excellent camarade. Sa gaité naturelle nous amuse et nous fait oublier notre mauvaise fortune.

J’ai souvent des nouvelles de certains copains : Alexis, caporal au 255me, Omer lieutenant au 280me,  Blanc 1er génie, Ablard au 142 me etc. ils sont tous en bonne santé.

Je suis infirmier depuis 4 mois 28. Cet emploi m’évite bien des désagréments et me permet d’être moins en danger que lorsque j’étais à la compagnie où je suis resté 8 mois.

Tu es un sacré veinard d’être loin d’ici, et si j’ai un conseil à te donner, refreine toutes les ardeurs patriotiques qui pourraient te pousser à venir ici. Il n’y a pas d’amour propre à avoir.

Je suis allé en permission au mois d’août et je compte y revenir pour la noël 29

Nous avons eu de dures journées depuis le 25 septembre et nous prenons un peu de repos. L’hiver arrive et ce n’est pas sans une certaine appréhension que nous voyons venir les

premiers froids.

Tu as le bonjour de Bès.

Je t’embrasse bien affectueusement.


Albert Dauré est blessé le 27 février 1917 par un éclat d’obus aux Eparges. Il est proposé pour un changement d’arme  dans l’artillerie montée par la Commission de réforme de Dijon du 7 juillet 1917.

Il passe au 3e régiment d’artillerie de campagne le 2 août 1917. Il est classé service auxiliaire inapte à faire campagne par la Commission de réforme de Béziers du 31 janviers 1918 pour « souffle mitral » au cours des opérations de guerre, reconnu apte au front français, "inapte Orient" 30 par la Commission de réforme de Carcassonne du 4 avril 1918 et mis en congé illimité de démobilisation, le 7avril 191931.

 

Albert Dauré s’associe avec son père. La maison Dauré créée en  1875 avait primitivement son siège à Rivesaltes. Devenue la Maison A. DAURÉ et fils elle est installée en 1927 à Perpignan et elle commercialise des vins de table, des vins fins, des vins de dessert et des apéritifs.

 

Nous remercions son fils de nous avoir communiqué ces  documents riches du vécu de l'année 1916 sur le front de Champagne.


Madeleine Souche


1 Les livrets militaires ne contiennent pas de photographie au début du XXe siècle.

2 Un régiment du XVIe corps qui a sa base arrière à Mende  dans lequel étaient enrôlés des soldats venus d'un peu partout: des monts de la Lozère, des causses de l'Aveyron, des plaines du Languedoc et du Roussillon.

3 Chiffres issus de Gérard BACONNIER, André MINET et Louis SOLER,  « Quarante millions de témoins » in Gérard CANINI (éd.), Mémoire de la Grande Guerre: Témoins et témoignages, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1989, p.141On a estimé que quatre millions de lettres circulaient chaque jour entre le front et l’arrière, pour un total de dix milliards durant la guerre.

4 16e corps d’armée, 16e région militaire, Aude, Aveyron, Hérault, Lozère, Tarn, Pyrénées-Orientales, Quartier général à Montpellier. Chaque région militaire a pour but de lever un Corps d'Armée en cas de mobilisation générale. Le numéro du Corps d’Armée  est  celui de la région militaire concernée. Le 16e corps d’armée est composé de deux divisions la 31e Montpellier, la 32e Perpignan.

5 Un régiment d'infanterie (RI) : 3 400 hommes commandés par un colonel. Le régiment est l'unité morale : il possède son histoire, sa devise, son drapeau. Chaque régiment d'infanterie est composé de trois bataillons d'infanterie.

6 Une compagnie d'infanterie : 240 hommes commandés par un capitaine. La compagnie est l'unité de vie du soldat. Chaque compagnie d'infanterie est composée de quatre sections.

7 Jacques Joseph Ruffiandis (1887/1956), instituteur, lieutenant en 1914, héros de la Première guerre, Président de La légion des combattants des Pyrénées-Orientales nommé par le régime de Vichy en 1940.

8 Consulter André LOEZ. ”Si cette putain de guerre pouvait finir”. Histoire et sociologie des mutins de 1917. Histoire. Université Montpellier-III - Paul Valéry, 2009.

9 Charles Anrigo, rue de l’Hôtel de ville, Rivesaltes.

10 Du 27 novembre 1915 au 29 avril 1916, le régiment occupe le secteur de la Main de Massiges.

11 Le soldat Francis Theurey du 53° RI, dans le secteur de Massiges  écrit le 14 décembre : «  Il fait très froid et les nuits prochaines seront dures. Les hommes qui reviennent ressemblent à des tas de boue. A bien des endroits on est obligé de porter d'énormes bottes qui nous viennent à la ceinture car on est dans l'eau et dans la boue. Cette nuit des Boches sont venus causer avec les nôtre, eux aussi ne peuvent plus y rester et sont à moitié gelés, car, il fait un temps noir et froid est très piquant. Le pays où nous sommes est presque totalement évacué, impossible d'y trouver un verre de vin.... » … Le 22 décembre: « Nous voici hors de la zone marmitable depuis hier soir, la relève nous est arrivée à 8 h du soir et à II h nous étions à notre cantonnement de départ. De;na vie je n'ai vu pareille boue. Ceux des 2 ème et 3 ème bataillons qui se trouvaient en ligne n'ont rien d'humain, ce sont de véritables paquets de terre, les habits neufs sont bien étrennés. On ne peut se faire une idée de la vie qu'on mène… »

12 Deuxième bataille de Champagne. Un an après le début de la guerre, le front s'est enlisé et le moral des troupes est au plus bas. Persuadé de pouvoir percer les lignes ennemies, le général Joffre lance en septembre 1915 une offensive de grande envergure, la seconde bataille de Champagne. La seconde bataille de Champagne oppose, du 25 septembre au 9 octobre 1915, les troupes françaises des généraux Pétain et de Lagle de Cary aux troupes allemandes du général von Einem.

Avec cette bataille, Joffre souhaite atteindre plusieurs objectifs : • limiter le renforcement de l’armée allemande sur le front russe et ainsi aider l’armée russe en retraite,  • convaincre certaines nations encore neutres d’entrer en guerre aux côtés des Alliés, notamment l’Italie, • relancer la guerre de mouvement pour en finir au plus tôt, • renforcer sa crédibilité auprès des autorités politiques françaises Le 22 septembre, l'artillerie française entre en action. Pendant 3 jours, près d'un million d'obus de tous calibres sont tirés sur les tranchées de la 3ème armée allemande. Sous le commandement du général de Castelnau, 500.000 hommes sont massés sur les 35 kilomètres de l'offensive. Le 25 septembre à 9h15, l'assaut est déclenché. Anéanties par les bombardements, les premières lignes allemandes sont rapidement enfoncées. Mais dans tous les secteurs de l'offensive, les Français buttent rapidement sur la seconde ligne ennemie protégée par de solides réseaux de barbelés. Le 28 septembre, les assauts cessent et les français, pris à leur tour sous le feu allemand, tentent de consolider leurs maigres avancées. Malgré quelques succès locaux, les Français ne réalisent pas la grande percée espérée. Avec près de 28.000 tués et 100.000 blessés, les pertes humaines sont trop élevées aux yeux de l'Etat-major français et du général Pétain qui finit par suspendre les combats le 1er octobre, le général Pétain fait suspendre les combats en raison de pertes trop importantes et d’une trop grande consommation de munitions.  L’offensive reprend le 6 octobre afin de s’emparer des points de résistance et ainsi renforcer le front. Les Allemands ayant eu le temps de déployer le 10e corps initialement prévu pour le front russe, la progression française est vite arrêtée. Le front n’a reculé que de que de 4 kilomètres.

13 Pendant la Première Guerre mondiale, Mourmelon-le-Petit est  occupé du 3 au 12 septembre 1914 puis libéré lors de la première bataille de la Marne. Le front se stabilisera à quelques kilomètres du village pendant une grande partie de cette guerre. À la suite des combats de la Première Guerre mondiale , la nécropole nationale de Mourmelon-le-Petit recueille les dépouilles de 1 496 soldats.

14 Historique du  53e régiment d’infanterie a combattu à Rorbach, La trouée de Charmes, au Chemin des Dames, a participé à la bataille de l’Yser en 1914. En 1915, il combat une première fois en Champagne en février, en mars à la ferme de Beauséjour, puis il ne quitte pas la Champagne et participe à la seconde offensive de Champagne.

15 Le soldat Francis Theurey du 53° RI  écrit le 22 décembre: « Nous voici hors de la zone marmitable depuis hier soir, la relève nous est arrivée à 8 h du soir et à II h nous étions à notre cantonnement de départ. De ma vie je n'ai vu pareille boue. Ceux des 2 ème et 3 ème bataillons qui se trouvaient en ligne n'ont rien d'humain, ce sont de véritables paquets de terre, les habits neufs sont bien étrennés. On ne peut se faire une idée de la vie qu'on mène… ».

16  https://www.passioncereales.fr/.../du-bon-pain-pour-soutenir-les-poilus-de-1914-1918

Dès 1903, Charles Heudebert inventa un pain longue conservation dont la recette est reproduite durant la guerre. Il mit également au point un pain qui, trempé dans l’eau, retrouvait toutes ses qualités initiales. Le ministère de la Guerre s’y intéressa pour ravitailler les Poilus dans les tranchées. À partir de 1914, les biscuiteries civiles seront progressivement réquisitionnées pour fabriquer le pain de guerre, le fameux « hard bread », destiné à nourrir les soldats. Ce pain se présentait le plus souvent sous la forme d’une galette plate réalisée à partir de farine de blé, d’eau, de sel, de ferment, et « pointillée », c’est-à-dire percée de nombreux trous. Le cahier des charges de sa fabrication stipulait que « la farine doit provenir de blé de premier choix de la dernière récolte... Elle doit être d’une blancheur franche et laisser à la bouche un goût agréable ». Sans levure et soumis à une cuisson très lente, ce pain-biscuit se conservait  plusieurs semaines. On trouvait aussi dans les tranchées un pain ressemblant à une grosse baguette. Il prit ensuite la forme d’une couronne percée en son milieu afin de faire passer un cordage facilitant son transport par les hommes-soupe vers les premières lignes. Aux bons pains produits par les meuniers et boulangers français s’opposait le pain « K.K » (pour Kartoffelriegsbrott) distribué aux soldats allemands, fabriqué à base de pomme de terre et nettement moins apprécié...

17 Le journal de marche du 53e régiment ne garde aucune trace de ces  fraternisations mais les lettres des soldats y font des allusions. Elles ont été étudiées en particulier par  FERRO Marc, BROWN Malcolm, CAZALS Rémy & MUELLER Olaf : Frères de tranchées, Paris,  Perrin, 2005. Les Etudes drômoises, Ed. AUED, Valence, n°30 de juin 2007 pages 3 à 10 présentent des  exemples. Francis Barbe  révèle une fraternisation , à Noël 1915, tirée des carnets d'un poilu de Tulette, Raoul Monier et qui, chose probablement unique, est illustrée de photographies prises par le docteur Minvielle et le Valentinois Georges Tardy.

18 Le canon de 75, pièce d'artillerie de campagne de l'armée française, d'une conception révolutionnaire pour son époque, il regroupe, en effet, tous les derniers perfectionnements intervenus dans l'artillerie à la fin du XIXe siècle, à savoir : l'utilisation de la poudre sans fumée, de la munition encartouchée, de l'obus fusant, d'un chargement par la culasse selon le procédé Nordenfelt, et d'un frein de recul oléopneumatique.

19 Le  gilet ou la chasuble en peau de mouton, destiné à accroître la résistance au froid de l'uniforme, il fait son apparition sur le front à partir de l'hiver 1914-1915.

20 Illustration 15 janvier 1916, Poilus en Champagne.

21 Rapport de contrôle postal, 6e armée, 2 novembre 1916, cité par A. COCHET, p. 293.

22 Voir André LOEZ. ”Si cette putain de guerre pouvait finir”. Histoire et sociologie des mutins de 1917. Histoire. Université Montpellier-III - Paul Valéry, 2009. [1] Rapport de contrôle postal, 6e armée, 2 novembre 1916, cité par A. COCHET, p. 293.

23 Charles Anrigo ne figure pas dans le registre matricule des engagés volontaires de Rivesaltes.

24 La loi du 8 avril 1915 institue la Croix de guerre destinée à «commémorer, depuis le début de la guerre de 1914-1915, les citations individuelles pour faits de guerre»   . Cette décoration, dont l'aspect a varié au fil des débats parlementaires mais aussi au gré des propositions d'artistes (pas loin de sept projets), se présente sous la forme d'une croix pattée en bronze du module de 37 mm, à quatre branches avec deux épées croisées. Le modèle retenu est celui du maître sculpteur Bartholomé. Sur l'avers figure au centre une tête de « Marianne » coiffée d'un bonnet phrygien et ornée d'une couronne de laurier avec en exergue « République Française ». Au revers figure l'inscription « 1914-1915 » qui est modifiée chaque année jusqu'à la fin de la guerre. La remise officielle de la Croix de guerre se fait au cours d'une prise d'armes. Porté en permanence, même sur le champ de bataille, cet insigne se place à gauche sur la poitrine du récipiendaire, juste après la Légion d'honneur et la Médaille militaire. La matérialisation des citations, les conditions d'obtention et l'aspect général de la décoration sont précisés dans le décret d'application du 23 avril 1915. À chaque citation - reconnaissance d'un acte de bravoure individuel - correspond un insigne spécifique et distinctif. Celui-ci s'agrafe sur le ruban qui peut en recevoir plusieurs.

25 S’agit-il de condamnations des erreurs de l’état-major, en particulier du Catalan Joffre ?.

26  Du 27 novembre 1915 au 29 avril 1916, le régiment occupe le secteur de la Main de Massiges, tenu jusqu'alors par le 21e colonial. La Main de Massiges, mare de boue fétide que la pelle du pionner inlassable a aménagée en une forteresse redoutable !  Soldats du 53e, vous y avez supporté les rigueurs d'un hiver froid et humide, dans la boue jusqu'au ventre.

27  Pour user l'adversaire, tant au physique qu'au moral  les gaz deviennent une arme d'usure ou d'attrition. Le but est assez largement atteint. Dans tous les camps, les fantassins se voient contraints de porter à chaque alerte des équipements de protection et des masques qui gênent leurs mouvements et aggravent encore un peu plus leurs conditions de vie.

Les gaz  suffocants  agressent les voies respiratoires et provoquent des lésions pulmonaires qui entraînent la mort. La majorité des décès liés au gaz de combat pendant la Grande Guerre sont imputables aux gaz suffocants. Le chlore, le phosgène et la chloropicrine figurent parmi ces gaz fugaces, très volatiles, mais très agressifs pour l’organisme. Les premiers obus français contenant du phosgène sont tirés lors de la bataille de Verdun en février 1916. La chloropicrine figure également dans la liste des agents suffocants. Très volatile et suffisamment toxique à faible dose, elle peut mettre un homme hors de combat en quelques secondes.

28 Historique du 53e régiment d’infanterie p.14. Le 26 octobre, le Régiment passe à la disposition de la lIe Armée et se porte par étapes à Viel-Dampierre, où il s'installe au cantonnement et procède à la reprise de l'instruction jusqu'à la fin novembre.

29  En fait les permissions étaient souvent suspendues en fonction de la situation militaire, mais aussi à cause d’un énorme engorgement des transports : le régime des permissions enlevait de 5 à 9% des effectifs du front, et cela représentait des dizaines de milliers de déplacements ferroviaires.

30 Le front d'orient connaît des combats comme le front occidental mais aussi des épidémies et des maladies contagieuses.

François COCHET, « L’armée d’Orient, des expériences combattantes loin de Verdun », Cahiers de la Méditerranée, 81 | 2010, 91-103. "Le bilan humain de l’armée d’Orient est catastrophique. Outre 70 000 tués, disparus ou décédés de maladies, il faut ajouter 44 500 blessés, 283 500 malades, dont 90 000 de maladies contagieuses. Le typhus, la dysenterie, le paludisme font des ravages sur ce front, alors qu’ils n’existent pratiquement pas, la dernière affection notamment, sur le front occidental."

31 Livret militaire dAlbert Dauré.

 

 

Madeleine Souche

Pour aller plus loin

Historique du 53e régiment d’infanterie, imprimerie ouvrière Toulouse.

LOEZ André ”Si cette putain de guerre pouvait finir”. Histoire et sociologie des mutins de 1917. Histoire. Université Montpellier-III - Paul Valéry, 2009.

MARTINEZ, Renaud (1956-....)  En avant quand même ! : le 53ème Régiment d'infanterie de Perpignan dans la tourmente de la Première guerre mondiale, Édition Rivesaltes : Éd. l'Agence, 2001

ROUSSELLIER, Nicolas. « Le Parlement français et la Première Guerre mondiale », Parlement[s], Revue d'histoire politique, vol. 10, no. 2, 2008, pp. 13-30.


 
Jean Brieu des Compagnons de France à la Résistance

Conférence du mardi 13 février